À Goma, la vie semble suspendue à un fil. Dans cette ville autrefois animée par le commerce et les allées venues quotidiennes, l’espoir s’effrite au rythme des détonations. Derrière les discours politiques du mouvement rebelle Alliance Fleuve Congo et du Mouvement du 23 mars, qui promettent une «libération du peuple» et une «véritable révolution», la réalité décrite par les habitants est bien différente.
Dans les quartiers poussiéreux de la capitale du Nord-Kivu, l’incertitude est devenue une compagne permanente. « Ici, l’espérance de vie est de 24 heures », lâche un jeune homme au regard fatigué. Une phrase qui résume la peur qui habite désormais les rues de la ville.
Chaque matin est vécu comme un sursis. Chaque nuit tombée est une victoire fragile.
Une ville paralysée par la peur
Le quotidien à Goma s’est transformé. Les rues autrefois bruyantes et remplies de marchands sont aujourd’hui marquées par des mouvements de panique et des foules cherchant refuge à la moindre rumeur de tirs.
La poussière soulevée par les pas précipités de civils en fuite est devenue l’image d’une population qui ne cherche plus à construire l’avenir, mais simplement à survivre.
Selon plusieurs habitants, la présence de l’AFC/M23 n’a pas apporté la stabilité annoncée. Au contraire, beaucoup évoquent un climat de violence et de peur. Un homme montre sa jambe bandée, blessée par balle. « Ils sont capables de tuer même un enfant », dit-il d’une voix tremblante.
Témoignages accablants
Des témoignages provenant notamment de Kitchanga évoquent des massacres et des civils tués dans l’ombre des affrontements.
Plus douloureux encore sont les récits de femmes victimes de violences sexuelles. L’une d’elles raconte, la voix brisée :
«J’ai été violée par trois hommes, tous des soldats du M23».
Pour ces victimes, les promesses de changement sonnent comme une cruelle ironie.
«Est-ce donc cela, le changement ?»
Dans les rues de Goma, la question revient sans cesse : le changement promis est-il réellement arrivé ?
Si le changement signifie vivre dans la peur permanente, voir ses proches mutilés ou tués et subir l’arbitraire d’hommes armés, alors oui, disent certains habitants avec amertume, la ville a changé.
Mais ce changement ressemble davantage à une descente vers l’horreur qu’à la révolution annoncée.
Le rêve simple de la population
Au-delà des slogans et des discours politiques, les habitants de Goma ne demandent pas de grandes promesses.
Leur aspiration est beaucoup plus simple : pouvoir vivre sans craindre la mort à chaque instant.
Pouvoir marcher dans la rue sans sursauter au bruit d’une arme.
Pouvoir croire que le lendemain sera différent de la veille.
Pour l’heure, la paix semble encore lointaine dans l’est de la République démocratique du Congo, où les civils continuent de payer le prix le plus lourd d’un conflit aux ramifications régionales.
Rédaction
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