La vive réaction de Kigali à la réintégration du général-major Sylvain Ekenge comme porte-parole des FARDC ne relève pas d’un simple commentaire diplomatique. Elle s’inscrit dans une logique plus profonde : celle d’un voisin qui, une fois de plus, semble vouloir peser sur les choix souverains de la République démocratique du Congo.
En qualifiant cette décision de « troublante et indécente », le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, franchit un seuil préoccupant. Car derrière ces mots, c’est une tentative manifeste d’influence sur la gestion interne de l’armée congolaise qui transparaît, une posture difficilement acceptable dans les relations entre États souverains.
La nomination ou la réhabilitation d’un officier des FARDC relève exclusivement de Kinshasa. Point. Aucun État, aussi concerné se prétende-t-il par les dynamiques régionales, ne peut s’ériger en arbitre des décisions militaires congolaises.
Mais au-delà de l’indignation suscitée, cette sortie rwandaise remet au goût du jour un débat longtemps jugé sensible. Les prises de parole de figures politiques congolaises telles que Wivine Moleka, Mohindo Nzangi, Julien Paluku et d’autres, qui affirmaient qu’à une certaine époque, notamment sous le régime de Joseph Kabila, Kigali disposait d’un droit de regard informel sur certaines nominations stratégiques en RDC, trouvent aujourd’hui un écho particulier.
Ce qui relevait hier de soupçons ou de controverses politiques apparaît désormais, pour certains analystes, comme une hypothèse renforcée par les attitudes actuelles. Comment expliquer autrement une réaction aussi directe sur une décision interne ? Pourquoi une telle sensibilité à la désignation d’un porte-parole militaire congolais, si ce n’est par une volonté persistante d’influence ?
Dans un contexte régional déjà tendu, marqué par des accusations récurrentes d’ingérence et de soutien à des groupes armés à l’Est de la RDC, cette sortie diplomatique ne fait qu’alimenter la méfiance. Elle renforce l’idée d’un bras de fer silencieux où la souveraineté congolaise reste un enjeu central.
La RDC, de son côté, semble vouloir rompre avec toute forme de tutelle, réelle ou supposée. En assumant ses choix, y compris les plus sensibles, Kinshasa envoie un message clair : le temps où les décisions nationales pouvaient être influencées de l’extérieur appartient au passé.
Loin d’être un simple incident diplomatique, l’affaire Ekenge révèle une fracture persistante entre souveraineté revendiquée et tentations d’ingérence. Et si certains doutaient encore des alertes lancées par des responsables congolais par le passé, les réactions actuelles de Kigali pourraient bien leur donner, aujourd’hui, un relief nouveau.
Fatshi Bwanga
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