Les liens entre l'Ouganda et le Rwanda sont en passe de connaître un tournant décisif. Muhoozi Kainerugaba, figure controversée, fils du président ougandais Yoweri Museveni et chef d’état-major de l’armée ougandaise, souvent décrit comme un acteur récurrent de harcèlement numérique ciblé, a cette fois pris pour cible le président Rwandais Paul Kagame dans un message publié sur X, marqué par un ton particulièrement incisif.
« Le Mututsi le plus dangereux que j’aie jamais rencontré dans ma vie est le président Paul Kagame», a posté le général Muhoozi qui s’impose comme un héritier politique probable (de son père) après avoir officialisé ses ambitions présidentielles pour 2031.
Plusieurs voix au sein de la communauté Rwandaise y voient les prémices d’une campagne de dénigrement visant l’ethnie Tutsi, dont les formulations, jugées excessives, pourraient, selon certains analystes, relever du harcèlement en ligne.
La réaction a été immédiate dans le cercle pouvoir du pays de mille collines. L’entourage de l'autocrate de Kigali a lancé une contre-offensive et a fermement condamné ce qu'il qualifie d'extrémisme ethnique.
La porte-parole du gouvernement, Yolande Makolo, répond, laconique et sans détour : « le Rwanda se désolidarise de l’extrémisme ethnique ».
Elle rappelle que la ligne politique de son pays privilégie l'unité et la réconciliation, rejetant toute logique tribale. Makolo précise en outre que les opinions privées de Muhoozi ne sauraient être assimilées à la position officielle de l'Ouganda.
Officiellement, le régime rwandais se présente comme opposé à toute lecture ethnique du pouvoir, mais plusieurs observations rapportées décrivent le contraire.
Dans les sphères les plus influentes du pouvoir rwandais, les Tutsis apparaissent fortement représentés selon plusieurs études, dont une publiée en 2021 qui relève 167 Tutsis contre 38 Hutus parmi 205 hauts responsables, soit environ 81% contre 19%.
Une bascule inattendue
Le patron de UPDF (Uganda Peoples’ Defence Forces, ou les Forces de défense du peuple ougandais) a opéré un revirement soudain, surprenant analystes et observateurs.
Le 25 juillet 2026, le général Muhoozi foulait le sol du Rwanda pour une visite officielle de deux jours, accueilli par Paul Kagame. Les deux parlaient alors de coopération entre «nations sœurs», de sécurité régionale, de stabilité.
L’image était celle d’un renforcement des liens, pas d’une confrontation.
Alors, que s’est-il passé entre-temps ? Quel point de friction a suffi à transformer un «oncle» en ennemi désigné ? Pourquoi ce haut responsable militaire s’en prend-il aujourd’hui avec autant de virulence à l’homme qu’il honorait hier ? Les sources officielles gardent, pour l’instant, le silence.
Ses discours virent souvent à la surenchère guerrière
Le général Muhoozi a multiplié au courant de ces dernières années les déclarations belliqueuses : un jour, il faut «envahir le Kenya». Le lendemain, il s’agit de «prendre Karthoum au Soudan».
Parfois, il menace même d’envoyer des troupes pour «capturer» l’Ituri en RDC.
Une rhétorique qui contraste brutalement avec les poignées de main et les déclarations d’amitié qu'il fait aux dirigeants de ces pays là.
Pourquoi « Mututsi le plus dangereux » ? Pour certains observateurs congolais, le général Muhoozi Kainerugaba a peut‑être voulu signaler une prise de conscience progressive. Ses déclarations laissent entendre une radicalisation de son jugement sur Paul Kagame, passant d'une posture d'amitié à une condamnation sans équivoque.
Il faut noter que le président Kagame est accusé d'avoir provoqué la mort de millions de civils dans l'est de la RDC, piloté la déstabilisation politique des États voisins, et supervisé la spoliation des ressources minières du Congo en maintenant des contingents armés sur place pour protéger ces intérêts.
Les prochaines heures et déclarations officielles permettront d'évaluer si cette formule marque une rupture entre l'oncle et le neuveu, ou s'apparente à une rhétorique destinée à préparer des mesures concrètes de l'Ouganda face au Rwanda.
Ildephonse WILONDJA
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