Non-paiement des salaires en RDC : quand la parole officielle aggrave la crise de confiance

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Une large partie des fonctionnaires de la République démocratique du Congo affirme ne pas avoir perçu son salaire à ce jour. Cette situation, socialement dramatique, est exacerbée par une communication des services du ministère des Finances jugée en complet décalage avec la réalité vécue par les agents de l’État.

Le cœur du malaise : une parole institutionnelle qui nie le vécu

Ce ne sont pas les déclarations directes du ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde, qui sont principalement visées, mais celles de ses porte-parole et communicateurs. À travers plusieurs interventions médiatiques et publications sur les réseaux sociaux, ces derniers ont affirmé que les fonctionnaires avaient bel et bien été payés. Ces déclarations, faites avec l’apparente bénédiction de l’autorité ministérielle, ont provoqué une vague d’incompréhension, de colère et un sentiment de mépris chez des milliers d’agents publics toujours en attente de leur dû.

Cette dissonance entre la parole officielle et l’expérience quotidienne des citoyens dépasse le simple incident de communication. Elle touche au lien de confiance fondamental entre l’État et ses serviteurs. Pour de nombreux observateurs, le nœud du problème est avant tout communicationnel : une parole qui contredit la réalité perd toute crédibilité et alimente la défiance envers les institutions.

Une précarité aggravée dans un contexte économique difficile

Les conséquences de ces retards de paiement sont lourdes dans un contexte national marqué par l’érosion du pouvoir d’achat, la flambée des prix des biens de première nécessité et la pression croissante des charges familiales. Chaque jour de retard plonge un peu plus les ménages de fonctionnaires, souvent déjà vulnérables, dans l’angoisse et la précarité matérielle. Le salaire, attendu pour répondre à des besoins essentiels, devient une source d’insécurité permanente.

La double responsabilité du ministère : payer et informer justement

Des analystes soulignent que la responsabilité du ministère des Finances est double dans cette affaire. La première est technique et financière : garantir la régularité du paiement des salaires, condition essentielle au fonctionnement de l’État et à la dignité de ses agents. La seconde est communicationnelle : encadrer rigoureusement et avec transparence la parole de ses services. Une communication imprudente ou erronée, même portée par des collaborateurs et non par le ministre en personne, engage la responsabilité politique de l’institution toute entière et sape sa légitimité.

Un débat plus large sur la gouvernance et la redevabilité

Cette controverse relance un débat plus large sur la gouvernance et l’obligation de rendre des comptes au sein de l’exécutif. Une partie de l’opinion publique estime que le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, devrait veiller à ce que la communication gouvernementale, dans sa globalité, apaise les tensions sociales par la vérité et la transparence, au lieu de les attiser par des déclarations inconsidérées.

Le salaire, un droit et non une faveur

Au-delà des polémiques, une évidence s’impose et mérite d’être rappelée : le salaire du fonctionnaire n’est ni une faveur ni un privilège octroyé par l’État, mais un droit contractuel et constitutionnel. Toute communication officielle qui tendrait à minimiser les retards, à travestir les faits ou à nier les difficultés des agents ne fait qu’approfondir une rupture de confiance déjà profonde. La restauration de cette confiance passera nécessairement par une parole publique responsable et, surtout, par la régularisation effective et pérenne du paiement des traitements de ceux qui font fonctionner l’administration au quotidien.
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