Au centre de la controverse : Bernard-Emmanuel KASANDA, évêque de MBUJI-MAYI, dont une récente prise de position suscite des critiques au sein de l’opinion et de certains milieux ecclésiastiques.
Des voix accusent le prélat de s’être écarté de la ligne officielle défendue par la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO), institution reconnue pour ses positions régulières sur la gouvernance, la transparence électorale et la défense de l’intérêt général.
Une tradition d’engagement critique
Historiquement, la CENCO s’est illustrée par son rôle d’acteur moral et social dans la vie publique congolaise. Lors des scrutins sensibles, notamment en 2018, elle avait appelé à la transparence et à la vérité des urnes, en réaction aux résultats proclamés par la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) qui ont conduit à l’élection de Félix TSHISEKEDI.
À l’époque, certaines divergences internes avaient déjà émergé. Feu Gérard Mulumba, ancien évêque de MBUJI-MAYI et frère cadet de Étienne TSHISEKEDI, avait adopté une posture perçue comme distincte de celle de la CENCO, ce qui avait alimenté des débats sur la neutralité institutionnelle de l’Église dans le Grand KASAÏ.
Une nouvelle controverse
Aujourd’hui, les critiques visant Mgr KASANDA s’inscrivent dans cette mémoire collective. Certains estiment que la publication ou la diffusion publique de correspondances internes aurait dû rester dans le cadre ecclésial et non être exposée sur la place publique.
D’autres voix appellent au respect des mécanismes internes de discipline et de dialogue propres à l’Église catholique, soulignant que les divergences d’interprétation ne signifient pas nécessairement rupture doctrinale ou institutionnelle.
Entre liberté pastorale et cohérence institutionnelle
La controverse pose une question plus large :
comment concilier la liberté d’expression pastorale d’un évêque avec la cohérence de la parole collective d’une conférence épiscopale ?
Dans un pays où l’Église catholique joue un rôle sociopolitique majeur, notamment dans la médiation des crises, toute divergence interne prend rapidement une dimension nationale.
Un débat sensible dans un contexte polarisé
Dans un climat politique marqué par la polarisation et les tensions institutionnelles, les prises de position religieuses sont scrutées avec attention. Les accusations de “tribalisme” évoquées par certains commentateurs traduisent la sensibilité du sujet, mais elles restent des opinions qui ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Église.
À ce stade, aucune sanction ou mesure disciplinaire n’a été annoncée par la CENCO à l’encontre de Mgr KASANDA.
L’affaire met en lumière les défis auxquels fait face l’Église catholique congolaise : préserver son unité interne tout en assumant son rôle critique dans l’espace public.
Au-delà des controverses, la question centrale demeure celle de la cohérence institutionnelle, du respect des procédures internes et de la responsabilité morale d’une institution qui reste l’une des plus influentes du pays.
L’évolution de ce débat au sein de la CENCO sera déterminante pour comprendre la dynamique future entre l’Église et les pouvoirs publics en RDC.
Fatshi BWANGA
%20(1)%20(2).png)