Alors que le débat sur l’opportunité d’un éventuel référendum en République démocratique du Congo (RDC) alimente la scène politique, une question revient avec insistance dans l’opinion : le pays peut-il organiser une telle consultation populaire alors qu’une partie de son territoire reste en proie à l’insécurité ?
L’histoire nationale apporte des éléments de réponse clairs, bien que nuancés.
Un précédent majeur : le référendum de 2005
Le cas le plus emblématique remonte aux 18 et 19 décembre 2005, lors du référendum constitutionnel ayant conduit à l’adoption de la Constitution actuellement en vigueur. À cette époque, la RDC sortait à peine de la deuxième guerre du Congo (1998-2003) et évoluait sous un régime de transition issu de l’Accord global et inclusif de Pretoria.
Sur le plan institutionnel, le pays était dirigé selon la formule dite « 1+4 », réunissant un président et quatre vice-présidents issus des anciennes factions belligérantes. Si cette architecture donnait l’image d’une réunification nationale, la réalité sur le terrain restait marquée par une forte instabilité.
Dans l’Est du pays, notamment au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, des groupes armés étrangers comme les FDLR ainsi que des forces rebelles locales continuaient de défier l’autorité de l’État. En Ituri, plusieurs milices demeuraient actives, tandis qu’au Katanga, des groupes Maï-Maï entretenaient un climat de violence persistante.
Malgré ce contexte sécuritaire fragile, la Commission électorale indépendante (CEI), avec l’appui logistique déterminant de la Mission de l’ONU en RDC (MONUC), a réussi à organiser le scrutin sur l’ensemble du territoire accessible. Plus de 25 millions d’électeurs avaient été enrôlés, et le référendum s’est globalement déroulé dans le calme. Le « oui » l’a emporté à plus de 84 %, ouvrant la voie aux élections générales de 2006.
1964 : un contexte encore plus chaotique
En remontant plus loin dans l’histoire, le référendum de 1964 relatif à la Constitution de Luluabourg constitue un autre précédent significatif. À cette époque, le pays était plongé dans une crise profonde, marquée notamment par la rébellion simba, qui contrôlait une grande partie du territoire national.
Dans plusieurs régions, notamment dans l’actuelle Tshopo, au Kivu et dans le Kwilu, l’autorité de l’État était quasiment inexistante. Le référendum n’avait donc pas pu être organisé dans toutes les zones sous contrôle rebelle. Néanmoins, les autorités centrales avaient validé les résultats issus des régions accessibles, permettant l’adoption de la nouvelle Constitution.
Entre précédent historique et débat actuel
Ces deux épisodes démontrent que la RDC a déjà organisé des référendums dans des contextes d’insécurité et de contrôle partiel du territoire. L’argument selon lequel une telle démarche serait totalement inédite ne résiste donc pas à l’analyse historique.
Cependant, les parallèles doivent être établis avec prudence. Le référendum de 2005 s’inscrivait dans une dynamique de sortie de crise largement soutenue par la communauté internationale et portée par un consensus politique relatif entre anciens belligérants. Celui de 1964, quant à lui, relevait davantage d’une logique de consolidation rapide du pouvoir dans un contexte d’urgence nationale.
Aujourd’hui, le débat sur un éventuel référendum se déroule dans un environnement politique différent, marqué par des tensions internes plus prononcées entre majorité et opposition. Dans ce contexte, la question ne se limite pas à la faisabilité technique, mais touche également à la crédibilité du processus, à l’inclusivité du dialogue politique et à la confiance des citoyens dans les institutions.
Une leçon d’histoire à interpréter avec discernement
Si l’histoire montre que l’organisation d’un référendum en période d’instabilité n’est pas sans précédent en RDC, elle n’offre pas pour autant une justification automatique pour les choix actuels.
Chaque époque impose ses propres exigences, et la légitimité d’un processus démocratique repose autant sur ses conditions de mise en œuvre que sur son fondement juridique.
Ainsi, plus qu’une simple comparaison historique, le débat en cours appelle à une réflexion approfondie sur les garanties à offrir pour assurer un processus transparent, inclusif et accepté par le plus grand nombre.
Dans un pays marqué par des cycles récurrents de crises, la consolidation démocratique demeure un chantier permanent, où l’histoire éclaire, sans jamais dicter entièrement le présent.
Fatshi BWANGA
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