Alors que le débat sur une éventuelle révision de la Constitution de 2006 agite la scène politique congolaise, une voix critique s’élève du sein même de l’opposition. Laurent Onyemba, professeur d’université et haut cadre du parti Ensemble de Moïse Katumbi, a livré mardi une charge intellectuelle et politique contre le projet porté par l’Union Sacrée, tout en adressant un avertissement personnel au chef de l’État, Félix Tshisekedi.
« Il n’existe pas de constitutionnaliste désintéressé »
Invité à s’exprimer sur le fondement juridique du projet présidentiel, le professeur Onyemba a d’emblée écarté l’argument sentimental avancé par certains soutiens du pouvoir, selon lequel la Constitution serait le « testament politique » d’Étienne Tshisekedi, père de l’actuel président.
« Le testament de Monsieur Tshisekedi, fût-il le père du Président, n'engage pas la communauté congolaise. De quel droit dois-je penser que ce que mon père me disait doit engager la République ? », a-t-il lancé, avant de mettre en garde contre les experts juridiques mobilisés par la majorité : « Il n'existe pas de constitutionnaliste désintéressé. »
Sur le fond, l’universitaire a opposé quatre arguments clés au camp présidentiel :
1. La non-application du texte actuel : selon lui, la Constitution de 2006 n’a jamais été appliquée à 50 % de ses dispositions, notamment sur les questions de rétrocession et de nationalité. « Ceux qui disent le contraire vous mentent », a-t-il asséné, allant jusqu’à affirmer que « la majeure partie de ceux qui sont à la Présidence et au Gouvernement sont des étrangers » au regard de la loi. Dès lors, s’est-il interrogé : « pourquoi changer une Constitution qui n'a pas été appliquée ? »
2. La mauvaise gouvernance en cause : il a balayé l’idée d’un texte défaillant, pointant plutôt les détournements, le tribalisme et le népotisme. « Du dossier des Cent Jours aux lampadaires et aux forages, connaissez-vous une disposition constitutionnelle qui a interdit les détournements ? »
3. Un objectif politique caché : pour M. Onyemba, le référendum vise en réalité à « remettre à zéro le compteur des mandats présidentiels », une manœuvre déjà observée au Cameroun, en Côte d’Ivoire ou au Sénégal. Il a lancé un défi direct : « Peut-on organiser ce débat en 2029 ? »
4. L’absence de justification scientifique : « Il n'existe aucun argument scientifique qui plaide en faveur d'un changement constitutionnel. Le bilan d'une Constitution n'a pas de rapport avec la gouvernance publique. »
Accusations contre l’UDPS et le gouvernement sur le Rwanda
Le professeur n’a pas épargné le parti présidentiel, l’UDPS. Il a accusé certains de ses militants d’avoir mis en place un système de taxation parallèle à Limete, extorquant des commerçants pour le dédouanement de leurs conteneurs. « À Limete, si tu dois ouvrir ton conteneur qui vient de Matadi, tu dois payer à la Force du Progrès. C'est l'UDPS. Augustin Kabuya les a reçus. Nous avons suivi. On les a vus », a-t-il déclaré, évoquant « le caractère bestial de ce genre de militants ».
Sur le plan sécuritaire, il a interpellé le pouvoir sur ses contradictions historiques : « On fait plus de publicité du Rwanda que le Paris Saint-Germain ou Arsenal. Mais qui a amené Paul Kagame ici dans ce pays ? Qui a logé le M23 ? Que faisait-on avec le M23 pendant leur séjour à Kinshasa ? Il est temps qu'on se dise la vérité. »
Un avertissement direct au président
Évoquant son propre quotidien – « trois mois sans eau au robinet » –, le professeur Onyemba a rappelé les attentes concrètes des Congolais avant de s’adresser directement à Félix Tshisekedi :
« Ces gens qui vous chantent vont vous abandonner. Kabila est resté seul. Monsieur le Président, faites attention aux gens de l'Union Sacrée. Ils discutent avec l'opposition. Ils ne sont pas sincères. »
Une mise en garde qui résonne comme un réquisitoire politique, à quelques mois d’une échéance référendaire incertaine, et alors que la majorité présidentielle tente de mobiliser en faveur d’une nouvelle architecture institutionnelle.
Ali Haddad
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