DCMP : une crise artificielle qui cache une bataille autour de l’argent ?

Kit-infos.net
0
L’opinion sportive congolaise assiste, depuis quelques jours, à une nouvelle crise au Daring Club Motema Pembe (DCMP) de Kinshasa. Plusieurs administrateurs et anciens dirigeants du club ne sont plus en phase avec la gestion de M. Paul Kasembele, pourtant président en exercice du comité de coordination de cette formation depuis quelques saisons.

​À l’origine de cette discorde se trouve notamment la question de la gestion de la cagnotte mise à la disposition du club afin d’apurer les dettes contractées au fil des ans, des dettes qui ont conduit à de lourdes sanctions de la FIFA et qui ont lourdement affecté la santé sportive du club.
​Une analyse froide de la situation nous pousse cependant à qualifier cette crise d’artificielle et d’entretenue.

​Il est vrai que le Daring Club Motema Pembe n’a pas commencé avec Paul Kasembele. Le DCMP possède une longue et riche histoire, façonnée au fil des décennies par plusieurs générations de dirigeants, d’administrateurs, de sportifs et de supporters. Chacun, à son époque, a apporté sa pierre à l’édifice et assumé la responsabilité de la gestion du club.

​Mais aujourd’hui, il existe bel et bien un comité en fonction. Et ce comité est dirigé par Paul Kasembele.
​Cette équipe dirigeante a hérité d’une situation complexe, notamment des sanctions liées à des engagements contractés avant ou pendant différentes périodes de gestion. Cela ne signifie nullement qu’elle soit parfaite, ni qu’elle doive être soustraite à toute critique. Bien au contraire.
​La véritable question est ailleurs : pourquoi transformer des divergences de gestion en crise institutionnelle ?

​Que disent les textes ?

​Qui engage juridiquement et sportivement le DCMP aujourd’hui ? Qui représente officiellement le club auprès des instances sportives ? Et surtout, par quelle procédure peut-on mettre fin au mandat de ceux qui le dirigent ?
​C’est sur ce terrain que le débat devrait être posé.
​Si les administrateurs, anciens dirigeants et autres personnalités influentes estiment que Paul Kasembele et son comité ne répondent plus aux attentes, ils disposent de mécanismes internes pour provoquer une clarification : demander la convocation d’une assemblée générale, exiger un bilan de gestion, poser la question de confiance et, éventuellement, désavouer le comité en place conformément aux statuts du club.

​Passer par le ministère des Sports, chercher l’intervention de la Fédération congolaise de football association (FECOFA) ou multiplier les démarches parallèles ne fait qu’entretenir une crise qui pourrait trouver son dénouement à l’intérieur même de la famille vert et blanc.

​Le DCMP regorge pourtant de personnalités expérimentées, d’intellectuels, de hauts cadres et d’anciens dirigeants sportifs capables de se réunir autour d’une table, de se regarder dans les yeux et de se dire les choses franchement.
​S’il faut que Paul Kasembele parte, qu’on le lui dise dans le cadre strict prévu par les textes.

​L’argent, l’arbre qui cache la forêt ?

​Ce qui se passe actuellement donne malheureusement l’impression qu’un arbre cache la forêt.
​Et cet arbre porte un nom : l’argent.
​L’enveloppe financière annoncée ou mise à disposition par les institutions publiques pour permettre au DCMP d’apurer certaines dettes et de solder les contentieux internationaux est désormais au centre de toutes les convoitises.
​Voilà pourquoi cette levée de boucliers suscite autant d’interrogations.

​Le Daring a pourtant connu des moments extrêmement difficiles au cours de la saison dernière. Des joueurs ont parfois évolué dans des conditions précaires. Des problèmes de transport, d’arriérés de salaires et de conditions élémentaires d’entraînement ont émaillé le quotidien de l’équipe.
​À cette époque-là, on n’a pas vu autant de monde se bousculer au chevet du club.

​Le comité en place, avec ses forces et ses faiblesses, a tant bien que mal conduit le navire jusqu’au terme de l’exercice. Pourquoi est-ce précisément au moment où une importante manne financière se profile que les querelles de légitimité deviennent aussi virulentes ?
​La question mérite d’être posée.

​Kasembele doit aussi tirer les conséquences

​Pour autant, Paul Kasembele ne doit pas considérer le DCMP comme sa propriété privée.
​Le Daring Club Motema Pembe existait avant lui et continuera d’exister après lui. Lorsque plusieurs figures qui ont écrit l’histoire de cette institution ne se reconnaissent plus dans la méthode de gouvernance actuelle, le président doit savoir entendre le message.
​Il pourrait prendre l’initiative de convoquer une assemblée générale, présenter son bilan administratif et financier, rendre compte de sa gestion et poser clairement la question de la confiance.

​Et si cette confiance venait à manquer, il lui appartiendrait d’en tirer les conséquences et, le cas échéant, de déposer le tablier. Refuser indéfiniment cet exercice de redevabilité risquerait de conforter l’idée qu’il s’accroche au pouvoir.
​Mais l’autre camp doit également mesurer la portée de ses actes.

​Attention à une dangereuse jurisprudence

​Les administrateurs et anciens dirigeants doivent comprendre que l’éviction d’un comité par des voies extra-statutaires créerait un précédent lourd de conséquences.
​Si chaque fois qu’un groupe d’aînés ou d’actionnaires informels désapprouve un président en exercice, il lui suffit de solliciter le ministère, la FECOFA ou une autre tutelle administrative pour provoquer sa chute, aucune direction ne pourra travailler dans la stabilité. Les futurs candidats fuiront et l’institution sera livrée au chaos.

​Un grand club ne se gouverne pas dans la logique d’une contestation permanente. Les anciens ont certes un rôle capital à jouer, leur expérience et leur amour du club sont des richesses inestimables, mais cette influence doit s’exercer dans le strict respect des institutions.

​Remettre l'église au milieu du village

​Dans cette affaire, la voie la plus sage consiste à reconnaître les dirigeants qui assument officiellement les responsabilités, tout en ouvrant une passerelle de dialogue inclusive.
​Aujourd’hui, sauf décision prise par les organes compétents du DCMP, Paul Kasembele reste le président du comité de coordination. Cela ne signifie pas qu’il est intouchable ; cela signifie simplement qu'un dirigeant en fonction ne se remplace que par des règles tout aussi régulières.

​Les anciens veulent insuffler un sang nouveau ? C’est une ambition légitime. Mais encore faut-il emprunter la bonne porte d'entrée.
​Le dossier doit être ramené dans son giron naturel : la Linafoot et, surtout, les instances internes du club, loin des interférences politiques et administratives de surface.

​Car au fond, cette crise peut s'estomper aussi vite qu’elle a surgi.
​Il suffit d’un sursaut de volonté, de la stricte observation des textes et, par-dessus tout, d'un peu de bon sens. Kasembele doit accepter de rendre des comptes, les administrateurs doivent respecter les procédures, et le DCMP doit, une fois pour toutes, rester au-dessus des hommes, des ego et des querelles d’argent.

​Zéphyr Kaninda Mukanya
Tags

Enregistrer un commentaire

0Commentaires

Please Select Embedded Mode To show the Comment System.*