Kinshasa : derrière Kin-Bopeto, le vrai scandale d’une ville sans plan d’assainissement

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Embouteillages, curage des caniveaux, opérations de salubrité… À première vue, Kinshasa semble en mouvement. Mais pour les experts, ces actions ne sont qu’un vernis sur une réalité bien plus grave : la capitale congolaise fonctionne sans véritable schéma directeur d’assainissement. Et sans plan, une ville ne peut que subir.

Une vérité simple : l’eau ne ment jamais

À Kinshasa, tout commence par une évidence scientifique souvent ignorée : l’eau suit toujours la pente. Elle descend, inlassablement, du point le plus haut vers le plus bas.
C’est précisément ce que définit un schéma directeur d’assainissement. Il ne s’agit pas d’un document bureaucratique de plus, mais d’une cartographie stratégique du comportement de l’eau à l’échelle de toute la ville.
Concrètement, un tel schéma fixe des règles claires :
• L’eau de Binza Météo doit être canalisée vers la rivière Binza via des collecteurs adaptés.
• Les eaux de Matete doivent rejoindre la rivière N’djili selon des circuits précis.

Certaines zones doivent rester strictement inconstructibles, car elles constituent les couloirs naturels d’écoulement.
Sans ce cadre, la ville devient un terrain anarchique… où l’eau finit toujours par reprendre ses droits.

Une capitale de 17 millions… avec un plan de 1967

Le constat est brutal : Kinshasa ne dispose pas d’un schéma directeur moderne.
Le dernier remonte à 1967, conçu pour une ville de 500 000 habitants.
Aujourd’hui, la capitale dépasse les 17 millions d’âmes, mais continue de fonctionner avec des infrastructures pensées pour une autre époque.
Ce qui justifie un décalage explosif entre la réalité démographique et les capacités d’évacuation des eaux.

Les conséquences : une ville construite contre la nature

L’absence de planification a engendré des dérives visibles à chaque saison des pluies :

1. Des quartiers bâtis sur les chemins de l’eau

À Limete ou Mont-Ngafula, des vallées entières ont été loties. Ces zones, naturellement destinées à drainer les eaux, sont aujourd’hui habitées.
D'où l’eau traverse désormais les habitations. Non par accident, mais par logique naturelle.

2. Des caniveaux… qui ne mènent nulle part

Chaque année, des millions sont investis dans le curage. Pourtant, ces caniveaux ne sont reliés à aucun système structuré d’évacuation.
C’est l’équivalent de laver une assiette sans évacuation : l’eau revient… parfois en quelques heures.

3. Des rivières transformées en dépotoirs

Les grandes rivières urbaines (N’djili, Kalamu, Makelele) ont perdu leur fonction hydraulique.
Faute de délimitation officielle de leurs lits, elles sont envahies par des constructions anarchiques, des dépôts sauvages, des rétrécissements illégaux.
La ville étouffe ses propres voies d’écoulement.

Pourquoi Kinshasa n’a toujours pas de schéma directeur ?

La réponse tient en trois mots : complexité, coût, courage.
Élaborer un schéma moderne exige :

• Un levé LIDAR de toute la ville pour cartographier précisément les pentes,
• Une modélisation hydraulique avancée basée sur des décennies de données climatiques,
• Une décision politique forte : démolir et indemniser des milliers de constructions illégales.
C’est ce dernier point qui bloque.
Car reconnaître les erreurs du passé implique des choix impopulaires.

Kin-Bopeto : une solution sans fondation ?

Les opérations de salubrité comme Kin-Bopeto sont utiles à court terme.
Mais sans schéma directeur, elles restent structurellement inefficaces.
C’est comme balayer le sol pendant que le toit fuit : l’effort est réel, mais le problème persiste.

La voie de sortie : cartographier pour reconstruire

Face à ce chaos, une solution technologique et stratégique se dessine : le Géoportail urbain.

Trois étapes clés :
• Scanner Kinshasa par LIDAR (drone ou satellite) pour obtenir un modèle 3D précis,

• Identifier automatiquement les bassins versants et les trajets naturels de l’eau,

• Sanctuariser ces couloirs dans un système numérique, rendant impossible toute construction future dans ces zones.

Cette approche permettrait de réconcilier urbanisme et géographie, en imposant enfin une discipline scientifique à l’expansion urbaine.

L’eau ne négocie pas

Kinshasa fait face à une réalité incontournable, on ne peut pas urbaniser contre la nature sans en payer le prix.
Tant que la capitale ne disposera pas d’un schéma directeur d’assainissement moderne,
les inondations, les dégâts et les dépenses inutiles continueront.
Car au final, une seule règle prévaut : l’eau ne négocie pas… elle passe.

Ir Guylain Mukasa

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