L'hypothèse de voir l'ancien président sortir de son silence pour s'imposer en arbitre entre le gouvernement congolais et la rébellion AFC/M23 suscite un tollé général. Alors que les discussions se poursuivent dans la discrétion à Montreux, cette tentative de repositionnement politique est perçue par le pouvoir et une grande partie de l'opinion non pas comme une solution, mais comme une provocation inacceptable.
1. Le pompier pyromane : l'accusation qui étouffe le projet
Pour Kinshasa, confier les clés d'une négociation à l'ancien chef de l'État relève du non-sens absolu :
● Un statut de suspect, pas d'arbitre : Visé par la justice militaire et régulièrement désigné par la majorité comme le parrain de l'ombre de la rébellion, Joseph Kabila est perçu comme l'un des acteurs du problème, non comme sa solution.
● Le rejet brutal du pouvoir : Le gouvernement Tshisekedi refuse catégoriquement d'offrir une tribune diplomatique ou une respectabilité nouvelle à son principal opposant sous couvert de recherche de la paix.
2. Un torpillage en règle des voies diplomatiques officielles
Sur le terrain de la diplomatie, l'éventualité d'une telle médiation est perçue comme un coup de force destiné à fragiliser les démarches en cours :
● Court-circuitage des processus régionaux : Cette initiative informelle vient concurrencer de manière agressive les cadres de Luanda et de Nairobi, seuls reconnus par la communauté internationale.
● Sabotage des discussions de Montreux : Injecter une figure aussi clivante au milieu des échanges techniques en Suisse risquerait de faire exploser la table des négociations avant même le moindre accord.
3. L'illusion d'une neutralité impossible
La stratégie du mutisme et des déplacements énigmatiques ne suffit plus à masquer un blocage fondamental :
● Rupture définitive de la confiance : Un médiateur exige la neutralité. Or, la proximité affichée ou supposée de l'ancien président avec l'état-major politique de l'AFC invalide immédiatement sa crédibilité auprès de la société civile et des institutions.
● Opération de blanchiment politique : Aux yeux de ses detracteurs, cette proposition n'est qu'un paravent cynique visant à réhabiliter une figure politique isolée et sous pression diplomatique internationale.
Vouloir propulser Joseph Kabila en homme d'État indispensable relève de la provocation pure et simple. Sans le consentement de Kinshasa et hors de tout mandat international, cette manœuvre apparaît moins comme un geste de paix que comme une tentative désespérée de reprendre le pouvoir par procuration.
Natacha NDOMBELE
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