Tanzanie–Rwanda : derrière les sourires diplomatiques, la méfiance de Samia Suluhu Hassan envers Paul Kagame

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Une alliance fragile, des intérêts divergents et un projet controversé : les relations entre Dar es-Salaam et Kigali traversent une zone de turbulence qui pourrait redessiner les équilibres dans la région des Grands Lacs.
Depuis plusieurs mois, les signaux envoyés entre la Tanzanie et le Rwanda oscillent entre rapprochement stratégique et froideur diplomatique. Une situation résumée par certains observateurs comme une relation du type : « je te tends la main, mais je garde mes distances ».

Kigali en quête de confiance

Conscient des crispations croissantes, le président rwandais Paul Kagame a entrepris une démarche de rapprochement avec la Tanzanie. L’objectif était clair : rassurer Samia Suluhu Hassan face aux évolutions sécuritaires préoccupantes dans l’Est de la République démocratique du Congo.

L’avancée des tensions vers des zones stratégiques comme Fizi, avec un risque de débordement vers Kalemie, constitue en effet une ligne rouge pour Dar es-Salaam. La Tanzanie, directement exposée, ne peut se permettre une déstabilisation à ses frontières.

L’argument économique : le projet Dangote

Pour séduire son interlocutrice, Kigali aurait mis sur la table un projet d’envergure : une raffinerie associée au groupe Dangote Group, présentée comme une opportunité majeure pour l’économie tanzanienne.
Investissements de plusieurs milliards de dollars, création d’emplois, industrialisation accélérée… Sur le papier, l’offre avait tout pour convaincre.
Mais très vite, des zones d’ombre sont apparues.

Le retournement vers le Kenya

Peu après ces échanges, une réalité troublante a émergé : le projet évoqué semblait en réalité orienté vers le Kenya, où il a pris une dimension politique et économique stratégique.
Dès lors, une question s’impose : la Tanzanie a-t-elle été induite en erreur ?
Si Kigali savait que ce projet n’était pas destiné à Dar es-Salaam, pourquoi l’avoir présenté comme une opportunité concrète ? Cette ambiguïté a fragilisé la crédibilité du Rwanda auprès des autorités tanzaniennes.

Une confiance érodée

En diplomatie, la confiance est un capital fragile. Et lorsqu’un partenaire a le sentiment d’avoir été trompé, les conséquences peuvent être durables.
Ce climat de suspicion pourrait expliquer certaines résistances de la Tanzanie dans des dossiers sensibles, notamment celui lié à Denise Dusauchoy, où les attentes rwandaises n’ont pas été pleinement satisfaites.

Rapprochement stratégique avec Kinshasa?

Dans ce contexte, la Tanzanie semble adopter une posture plus prudente, voire plus ouverte à la coopération avec le président Félix Tshisekedi.
Kinshasa, engagé dans une lutte diplomatique et sécuritaire à l’Est, apparaît pour Dar es-Salaam comme un partenaire plus prévisible sur certains dossiers.

Une recomposition régionale en vue ?

La question reste posée :
Samia Suluhu Hassan accorde-t-elle désormais plus de crédit à Félix Tshisekedi qu’à Paul Kagame ?

Si tel est le cas, cela pourrait marquer un tournant majeur dans les alliances régionales, avec des répercussions directes sur la stabilité des Grands Lacs.
Entre promesses économiques floues et enjeux sécuritaires cruciaux, la diplomatie dans la région reste un jeu d’équilibre… où la confiance est plus précieuse que jamais.

Fatshi Bwanga
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