Dialogue, justice et paix en RDC : avouer d’abord, réconcilier ensuite ?

Kit-infos.net
0
Une nouvelle voix issue des confessions religieuses s’élève contre l’idée d’un dialogue politique sans préalable de justice en République démocratique du Congo. Pour l’archevêque Dodo KAMBA, la réconciliation nationale ne saurait être effective si la vérité sur les crimes et violences commis, notamment dans l’Est du pays, reste enfouie.

Selon lui, le rôle des chefs religieux est avant tout d’accompagner le processus de guérison collective. Mais cette mission passe inévitablement par un exercice de vérité. 

«La réconciliation n’est possible que si les auteurs des violences sont honnêtes avec eux-mêmes», insiste-t-il, posant ainsi une condition morale forte à toute dynamique de dialogue.

Une paix sans vérité, une illusion fragile

Dans un contexte marqué par plus de trois décennies de conflits armés, de déplacements massifs et d’exactions contre les populations civiles dans l’Est de la RDC, l’appel à la justice avant le dialogue résonne comme un rappel éthique. Pour l’archevêque, établir les faits constitue la première étape vers une paix durable.

Une paix construite sur le silence, les non-dits ou les compromis politiques sans responsabilité risquerait, selon cette vision, de rester fragile et instable.
Reconnaître la vérité, explique-t-il, ne signifie pas seulement avouer des crimes, mais accepter la réalité des souffrances infligées afin d’ouvrir la voie à un véritable changement. Dans cette logique, le dialogue ne peut être réduit à une simple table de discussions politiques, mais doit s’inscrire dans une démarche de réparation morale et sociale.

Justice, réparation et nouveau chapitre

Le message porté par les confessions religieuses s’inscrit dans une perspective de justice restauratrice : ceux qui ont commis des exactions, des violences graves ou des tueries doivent reconnaître les faits, exprimer des regrets sincères et contribuer à la réparation des préjudices causés aux victimes.

Pour Dodo Kamba, « avoir droit au nouveau chapitre » implique une triple exigence : vérité, repentance et engagement réel en faveur de la paix. La réparation devient ainsi une preuve tangible de sincérité dans un pays profondément marqué par les traumatismes de guerre.

Un débat sensible : dialogue sans risque ou vérité indispensable ?

La question demeure cependant délicate : exiger des aveux avant le dialogue peut-il décourager certaines parties à participer au processus de paix ?
Pour les acteurs religieux, le risque d’un dialogue sans justice serait encore plus grand, car il pourrait légitimer l’impunité et prolonger le cycle des violences.

Dans cette perspective, le message se veut clair et structurant : pas de dialogue crédible sans vérité, pas de réconciliation sans justice, et pas de paix durable sans réparation. Une position qui reflète l’aspiration d’une large partie de l’opinion congolaise à tourner la page des conflits, mais sans effacer la mémoire des victimes ni banaliser les crimes commis.

Rédaction 
Tags

Enregistrer un commentaire

0Commentaires

Please Select Embedded Mode To show the Comment System.*