À chaque cycle de conflit dans l’Est de la RDC, les mêmes promesses refont surface : dialogue, paix, réconciliation. Mais derrière ces discours, une interrogation essentielle demeure : qui répondra des actes commis sur le terrain, notamment lorsque des allégations concernent l’utilisation de mineurs dans un contexte armé ?
Les récentes déclarations évoquant la libération de plus de 40 mineurs, d’une centaine de femmes et de plus de 230 militaires présentés comme « pris en charge » par l’AFC/M23 ont ravivé un débat sensible mais incontournable. Si la présence ou l’enrôlement d’enfants au sein d’un groupe armé venait à être établi par des enquêtes crédibles, la question de la justice internationale se poserait inévitablement, conformément aux normes du droit international humanitaire.
Depuis plusieurs années, les Nations unies documentent des violations graves des droits de l’enfant dans les zones de conflit à l’Est de la République démocratique du Congo. Le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats sont considérés comme des crimes graves par le droit international, franchissant une ligne rouge clairement définie par les conventions internationales et le Statut de Rome.
L’histoire judiciaire récente offre des précédents significatifs. En 2012, Thomas Lubanga Dyilo, ancien chef de l’UPC en Ituri, a été condamné par la Cour pénale internationale pour enrôlement et utilisation d’enfants soldats. En 2019, Bosco Ntaganda a également été reconnu coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, incluant des faits liés à l’utilisation d’enfants dans des hostilités. De même, en 2021, Dominic Ongwen, ancien commandant de la LRA, a été condamné pour de multiples crimes, dont ceux liés à l’exploitation d’enfants dans le cadre d’un conflit armé.
Ces précédents illustrent un principe fondamental : la justice internationale s’applique indépendamment des positions politiques, des alliances ou des contextes géopolitiques, dès lors que des faits graves sont établis par des preuves vérifiables.
Dans ce contexte, les accusations visant l’AFC/M23 et les responsabilités présumées de figures politiques ou militaires, dont Corneille Nangaa, relèvent avant tout du champ de l’enquête et de la justice, et non de la seule rhétorique politique. Toute mise en cause devant la CPI ne peut intervenir que sur la base d’investigations solides, d’éléments probants et d’une procédure conforme au droit international.
Pour une opinion publique meurtrie par des années de violence, l’enjeu dépasse les personnalités et les clivages politiques. Il touche à la crédibilité des mécanismes de justice, à la protection des enfants et à la reconnaissance des souffrances des victimes. La lutte contre l’impunité, notamment pour l’enrôlement de mineurs, les violences contre les civils ou d’autres abus graves, constitue un pilier indispensable à toute paix durable.
Au-delà des discours et des repositionnements stratégiques, un principe reste intangible : les enfants ne doivent jamais être utilisés comme instruments de guerre. Le rôle des juridictions internationales, à commencer par la Cour pénale internationale, est précisément de rappeler que certains crimes, s’ils sont établis, ne peuvent être ni relativisés ni ignorés, quelles que soient les considérations politiques.
La RDC a déjà payé un prix humain considérable. Pour les victimes, la vérité, la justice et la fin de l’impunité demeurent des conditions essentielles pour espérer une paix véritable et durable.
Rédaction
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