Le contrat de partenariat de 4,8 millions d'euros entre la République Démocratique du Congo et le club de football de l'AS Monaco est désormais entre les mains de la justice monégasque. Le Parquet National Financier (PNF) français s'est déclaré incompétent et a transmis la plainte pour blanchiment et corruption aux autorités de la Principauté.
C'est un rebondissement majeur dans une affaire qui mêle football, diplomatie sportive et soupçons de malversations financières. Alors que l'AS Monaco arbore depuis l'été dernier le slogan "R.D.Congo, Cœur de l'Afrique" sur ses maillots, les conditions de conclusion de ce contrat font l'objet d'une enquête judiciaire qui change désormais de juridiction.
Une transmission judiciaire entre la France et Monaco
Selon les informations révélées par L'Équipe, le Parquet National Financier (PNF) a officiellement transmis la plainte aux autorités judiciaires de la Principauté de Monaco. Cette décision fait suite à un constat d'incompétence géographique : les faits présumés relevant potentiellement de la juridiction monégasque, ce sont désormais les magistrats de la Principauté qui héritent du dossier.
Cette transmission constitue une étape procédurale normale mais significative, qui intervient plusieurs mois après le dépôt initial de la plainte.
Une plainte déposée en septembre 2025 par des citoyens congolais
L'affaire trouve son origine le 4 septembre 2025, lorsque Maître Hervé Diakiese, avocat au barreau de Paris, dépose une plainte auprès du PNF pour le compte de deux ressortissants congolais résidant en France. Soucieux de préserver leur sécurité, ces derniers ont requis l'anonymat, invoquant des "craintes de représailles".
La plainte vise directement le contrat de sponsoring signé fin juin 2025 entre le ministère congolais des Sports et Loisirs, alors dirigé par Didier Budimbu, et la société anonyme sportive professionnelle de l'AS Monaco.
Un contrat à 4,8 millions d'euros dans le viseur
Le partenariat litigieux, qualifié de "premium" par ses signataires, prévoit le versement de 4,8 millions d'euros sur trois ans (soit 1,6 million d'euros par saison) par le ministère congolais des Sports au club de la Principauté.
En contrepartie, l'AS Monaco s'engage à :
● Apposer le slogan "R.D.Congo, Cœur de l'Afrique" sur la manche de son maillot officiel
● Contribuer au développement du football congolais en mettant à disposition son expertise en matière de formation des jeunes joueurs
Des accusations graves
La plainte déposée auprès du PNF évoque plusieurs infractions potentielles qui justifient l'ouverture d'une enquête :
● Blanchiment de capitaux
● Détournement présumé de fonds publics
● Corruption
Au cœur des interrogations des plaignants : la provenance et la traçabilité des fonds publics engagés dans cette opération. Les critiques soulignent le paradoxe apparent entre un investissement sportif de cette ampleur et la situation socio-économique de la RDC, dont une grande partie du territoire fait l'objet de recommandations de prudence par le ministère français des Affaires étrangères.
La position des parties prenantes
Du côté de l'AS Monaco, on se veut prudent mais confiant. Le club avait précédemment indiqué avoir "pris toutes les précautions d'usage avant la conclusion de cet accord", laissant entendre que les procédures de conformité avaient été respectées lors de la signature du contrat.
Maître Hervé Diakiese, l'avocat des plaignants, a réagi positivement à la transmission du dossier à Monaco, y voyant une avancée procédurale. Il n'exclut pas, si le parquet monégasque ne poursuit pas l'instruction, de "saisir un juge d'instruction", rappelant que " l'AS Monaco joue dans le Championnat de France", ce qui pourrait justifier un intérêt continu de la justice française.
Ce qu'il faut retenir
À ce stade de la procédure, il convient de rappeler plusieurs éléments essentiels :
1. Aucune condamnation n'a été prononcée : il s'agit uniquement d'une plainte transmise pour examen
2. La présomption d'innocence s'applique à l'ensemble des parties concernées
3. L'enquête débute seulement à Monaco : les autorités compétentes devront analyser les éléments versés au dossier avant toute conclusion
La justice monégasque est désormais saisie. Reste à savoir si elle décidera d'ouvrir une instruction approfondie ou de classer l'affaire, faute d'éléments suffisants. Une décision qui sera scrutée de près, tant dans les milieux diplomatiques que dans l'univers du football professionnel.
Ali Haddad
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