Est de la RDC : Le cessez-le-feu vol en éclats, les FARDC accusent le M23 et le Rwanda de nouvelles offensives

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Moins de 48 heures après l'entrée en vigueur d'une trêve négociée sous l'égide de l'Angola, les combats ont repris sur plusieurs fronts au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Kinshasa dénonce une violation "flagrante" et une "double imposture" de la part de Kigali.

L'espoir d'une accalmie dans l'est de la République démocratique du Congo a été de courte durée. Les Forces armées de la RDC (FARDC) ont officiellement accusé, ce jeudi 19 février, la rébellion du M23, soutenue par l'armée rwandaise (RDF), d'avoir lancé des attaques coordonnées sur deux provinces, en dépit du cessez-le-feu qui devait entrer en vigueur la veille à midi.

Dans un communiqué rendu public dans la soirée, le porte-parole de l'armée congolaise fait état d'une "violation flagrante et caractérisée" des accords de Luanda. Selon Kinshasa, ces offensives visaient à grignoter du territoire et à tester la capacité de riposte des troupes loyalistes.

Une extension géographique des combats

Les affrontements, signalés durant la journée du 18 et la matinée du 19 février, ne se sont pas limités aux zones traditionnellement sous tension. Ils marquent une tentative d'élargissement du front par les rebelles.

Au Nord-Kivu :

Territoire de Walikale : La localité d’Ihula a été la cible de tirs nourris. Cette zone, située sur l'axe stratégique menant vers le chef-lieu du territoire, était jusqu'ici relativement épargnée par l'avancée du M23. L'objectif semble être de perturber les voies d'approvisionnement des FARDC.
Territoire de Rutshuru : Les accrochages ont repris dans les localités de Kazaraho, Bugabo, Cahi et Virumbibi, des zones où le front était pourtant gelé depuis plusieurs semaines.

Au Sud-Kivu :

Territoire d'Uvira et Fizi : La situation est particulièrement préoccupante sur les hauts plateaux. Des tirs d'artillerie lourde ont été signalés dans les localités de Mikenge, Kalonge, Kahungwe, Kanga et Lugeje. Cette région, tampon entre les provinces, est stratégique pour le contrôle des axes menant vers le Sud.

Un bilan humain incertain

Pour l'heure, il est impossible d'établir un bilan humain et matériel fiable. Les communications sont extrêmement difficiles avec les zones touchées, de nombreuses antennes relais ayant été détruites ou privées d'électricité. Les organisations humanitaires présentes sur place font état de mouvements de panique au sein des populations civiles, dont certaines avaient commencé à regagner leurs villages après l'annonce de la trêve.

Kigali et le M23 restent silencieux

Côté rwandais et au sein de la rébellion de l'Alliance Fleuve Congo (AFC/M23), aucune réaction officielle n'avait été émise en fin de journée. Kigali, qui a toujours démenti les accusations de soutien militaire au M23 malgré les multiples rapports des experts des Nations unies, n'a pas commenté ces nouvelles allégations.

La médiation angolaise mise à l'épreuve

Cette nouvelle escalade porte un coup sévère au processus de médiation mené par le président angolais João Lourenço, mandaté par l'Union africaine. Le cessez-le-feu du 18 février devait être un premier pas vers un dialogue et un désengagement des troupes.

Sur le plan diplomatique, la pression s'accroît sur la communauté internationale. Les États-Unis et l'Union européenne, qui multiplient les appels à la retenue, pourraient être contraints de revoir leurs sanctions et leurs pressions diplomatiques à la hausse, notamment à l'encontre des officiers rwandais impliqués.

Dans l'est de la RDC, la population, une fois de plus, paye le prix fort. Les organisations de la société civile dénoncent une "instrumentalisation" de la trêve par les rebelles pour se repositionner militairement. La situation demeure extrêmement volatile, et les FARDC affirment être en état d'alerte maximale pour "défendre l'intégrité territoriale et protéger les civils".

Ali Haddad 
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