RDC | MINEMBWE libérée : le revers stratégique du M23 face à la reconquête patriotique des FARDC et Wazalendo

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La reprise annoncée de Minembwe par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) appuyées par les groupes d’autodéfense dits Wazalendo marque un tournant symbolique dans une zone longtemps au cœur des controverses sécuritaires, identitaires et géopolitiques à l’Est de la République démocratique du Congo. Mais derrière l’annonce d’une « libération », une question fondamentale demeure : s’agit-il d’un véritable rétablissement de l’autorité de l’État ou de la conséquence tardive d’un abandon institutionnel prolongé ?

Un territoire stratégique fragilisé par l’absence de l’État

Située dans le territoire de Fizi, dans la province du Sud-Kivu, MINEMBWE s’est progressivement imposée comme une zone à forte sensibilité politico-communautaire. Pendant plusieurs années, la présence limitée de l’administration publique, des services sociaux et des forces régulières a contribué à installer un vide sécuritaire propice à l’implantation de groupes armés et à la cristallisation des tensions locales.

Ce déficit d’encadrement étatique a favorisé une perception, au sein de l’opinion publique congolaise, d’un territoire fonctionnant en marge de l’autorité centrale, alimentant soupçons, discours politiques clivants et rivalités communautaires autour du contrôle des terres et de la légitimité territoriale.

Une histoire migratoire souvent instrumentalisée

La question de MINEMBWE ne peut être dissociée de son histoire démographique. Une partie des populations vivant dans cette zone est issue des vagues de réfugiés ayant fui les violences survenues au Rwanda à la fin des années 1950. Ces déplacements ont profondément remodelé l’équilibre humain dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, dans un contexte régional marqué par des crises successives dans la région des Grands Lacs.

Selon plusieurs récits historiques, certains de ces réfugiés auraient été installés dans la région avec l’appui d’organismes internationaux, notamment le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), dans une logique humanitaire de relocalisation. Toutefois, au fil des décennies, cette réalité historique a été récupérée dans le débat politique, parfois simplifiée, voire radicalisée, au détriment d’une lecture nuancée et documentée.

Entre enjeux sécuritaires et bataille narrative

L’annonce de la « libération » de MINEMBWE par les FARDC et les Wazalendo s’inscrit dans un contexte régional marqué par des accusations récurrentes d’ingérences étrangères et de conflits d’influence. Pour une frange de l’opinion, cette opération représente le retour attendu de la souveraineté nationale sur une zone jugée stratégique. Pour d’autres, elle révèle surtout l’échec passé de l’État à prévenir l’enracinement des crises locales.

Sur le plan politique, MINEMBWE est devenue bien plus qu’une simple localité : elle incarne un symbole, parfois instrumentalisé, des débats sur l’identité, la nationalité, la sécurité et la souveraineté en RDC.

Le véritable défi : reconstruire l’autorité de l’État

Au-delà des annonces militaires, la stabilisation durable de MINEMBWE dépendra moins des victoires tactiques que de la réinstallation effective de l’administration, de la justice, des services publics et du vivre-ensemble entre communautés.
Car une « libération » militaire sans présence institutionnelle solide risque de rester fragile. Dans une région historiquement marquée par l’abandon, la véritable reconquête ne sera pas seulement territoriale, mais aussi politique, sociale et étatique.

Fatshi BWANGA 

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