D’un côté, une opposition qui concentre l’essentiel de son offensive sur la personne du président Félix Tshisekedi, présenté comme la source principale des difficultés que traverse le pays. De l’autre, un pouvoir qui tente d’imposer une lecture plus large de la crise congolaise, articulée autour des enjeux sécuritaires, de la souveraineté nationale et de l’agression étrangère dans l’Est du pays.
Cette opposition de narratifs devient de plus en plus visible à mesure que le climat politique se tend. Pour plusieurs observateurs, une partie de l’opposition a choisi une stratégie fondée sur la personnalisation extrême du débat politique : faire de Félix Tshisekedi le symbole absolu de tous les échecs du Congo. Inflation, chômage, insécurité, corruption, tensions sociales… tout serait ramené à un seul homme.
Mais face à cette approche, le camp présidentiel développe une rhétorique différente. Le Chef de l’État insiste régulièrement sur le caractère multidimensionnel de la crise congolaise. Dans ce discours, l’un des défis majeurs demeure l’agression armée dans l’Est de la RDC, attribuée à des forces étrangères et à des groupes rebelles responsables de massacres, de déplacements massifs de populations et de graves violations des droits humains.
C’est précisément sur ce terrain que la fracture politique devient plus profonde. Car pendant que Kinshasa appelle à l’unité nationale face à la menace sécuritaire, certains opposants sont accusés d’adopter une posture ambiguë, parfois perçue comme une banalisation du drame vécu dans les provinces orientales.
Les critiques se cristallisent particulièrement autour de l’ancien président Joseph Kabila. Son récent positionnement politique continue de susciter de vives réactions, notamment en raison de ses prises de parole intervenant dans un contexte marqué par l’occupation de certaines localités par des groupes armés.
Pour ses détracteurs, le symbole est lourd : accuser le pouvoir central depuis des zones marquées par la violence rebelle apparaît comme une contradiction difficile à défendre devant une partie de l’opinion.
Dans les cercles proches du pouvoir, une question revient avec insistance : comment convaincre le peuple congolais de suivre un combat politique focalisé exclusivement sur la chute d’un homme, alors que le pays fait face à des défis sécuritaires et géopolitiques d’une ampleur historique ?
Cette bataille de perception pourrait bien déterminer les prochains rapports de force politiques en RDC. Car au-delà des slogans et des rivalités partisanes, une partie importante de la population semble désormais attendre des réponses concrètes sur la sécurité, la stabilité et la défense de l’intégrité territoriale.
Dans cette guerre des récits, celui qui réussira à incarner non seulement la colère populaire, mais aussi l’idée de protection nationale, prendra un avantage décisif sur l’échiquier politique congolais.
Fatshi BWANGA
%20(1)%20(2).png)