Cour Internationale de la Justice : Plainte de la RDC contre le Rwanda, l'offensive de trop ou le tournant décisif ?

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En portant plainte contre le Rwanda devant la Cour internationale de Justice (CIJ) ce vendredi, la République démocratique du Congo tente un coup de force juridique. Mais entre offensive diplomatique inédite et aveu d'impuissance militaire, cette démarche fracture l’opinion et réveille les fantômes du passé.

​La République démocratique du Congo vient de franchir le Rubicon judiciaire. Ce jour, Kinshasa a officiellement déposé une plainte contre le Rwanda devant la Cour internationale de Justice (CIJ) à La Haye.
Cette offensive juridique, pilotée depuis le sommet de l'État par le président Félix Tshisekedi, ambitionne d'obtenir une condamnation internationale de Kigali et une reconnaissance officielle du calvaire enduré par les populations de l’Est. Mais au-delà des symboles, cette énième carte diplomatique interroge sur sa réelle efficacité sur le terrain.

​Le pari risqué du droit face aux armes

​Depuis son accession au pouvoir, Félix Tshisekedi a choisi de mener une guerre de salons et de prétoires, multipliant les plaidoyers auprès des organisations régionales et internationales.

En déplaçant le conflit sur le terrain du droit international, le chef de l'État congolais espère asphyxier diplomatiquement le régime de Paul Kagame et mobiliser une communauté internationale jusqu'ici jugée trop passive face aux drames du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

​Pour les partisans de cette ligne, cette plainte à la CIJ est la preuve d'une diplomatie congolaise devenue enfin offensive, stratégique et décomplexée. Ils estiment que cette méthode a le mérite de braquer les projecteurs du monde entier sur la crise sécuritaire et d'accentuer, comme jamais auparavant, la pression politique sur les acteurs pointés du doigt.

​L'ombre de l'héritage Kabila et le scepticisme des réalistes

​Cependant, cette annonce suscite autant de doutes que d'espoirs.
Pour de nombreux observateurs, l’action juridique est une arme lente qui contraste cruellement avec l’urgence humanitaire et militaire sur le terrain. En coulisses, les débats ravivent également les querelles politiques internes.
Les tenants de la nouvelle approche ne manquent pas de pointer du doigt le bilan de l’ancien président Joseph Kabila, accusé d'avoir laissé, durant ses deux mandats, les groupes armés s'enraciner profondément dans les Kivus, léguant à son successeur une situation sécuritaire déjà largement compromise.

​«Cette démarche devant la CIJ symbolise un changement radical de paradigme», nuance pourtant une source diplomatique ayant requis l’anonymat.

«C'est le choix d'une diplomatie active, qui refuse le statu quo et utilise les leviers de la justice internationale pour restaurer durablement la souveraineté et la dignité de la RDC.»

​Reste une question brûlante : alors que les armes continuent de crépiter à l'Est, la justice internationale peut-elle véritablement imposer la paix là où les accords politiques et les déploiements militaires ont, jusqu'à présent, échoué ?

L'histoire de la région nous a souvent montré que le droit international pèse bien peu face à la realpolitik des Grands Lacs.
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