Invité lors d'un forum « Space » sur la plateforme X, animé par le journaliste Stanis Bujakera, Julien Paluku Kahongya a fermement contesté l'idée selon laquelle sa carrière politique serait un produit de l'ancien président Joseph Kabila.
Actuel ministre du Commerce extérieur et ancien gouverneur emblématique du Nord-Kivu, il a profité de cette tribune pour restituer sa vérité historique, évoquant un parcours marqué par l'adversité et les complots politiques.
Pour Julien Paluku, l'histoire politique récente de la République Démocratique du Congo souffre de raccourcis qu'il juge nécessaire de corriger. Loin d'avoir été un protégé du régime précédent, il décrit ses débuts à la tête du Nord-Kivu comme une bataille de chaque instant contre la machine du pouvoir de l'époque.
Une élection à contre-courant du pouvoir central
D'emblée, l'ancien gouverneur a tenu à nuancer l'hégémonie du parti présidentiel de l'époque, le PPRD, lors des premières élections provinciales. Selon lui, le contrôle du pays était loin d'être absolu.
«Le PPRD n'a pas gagné les onze provinces sous Joseph Kabila. Il n'en a gagné que cinq ou six sur onze.», dixit Julien Paluku.
Il rappelle notamment les circonstances de sa propre élection à la tête de sa province d'origine, une victoire acquise en dépit des directives de Kinshasa :
«Le Nord-Kivu a été gagné par Julien Paluku, candidat indépendant, parce que ma candidature avait été rejetée par Joseph Kabila à l'époque.»
Entre pressions de Kinshasa et influence de Kigali
En prenant les rênes d'une province du Nord-Kivu meurtrie et hautement stratégique, le jeune gouverneur d'alors dit s'être retrouvé face à un double défi titanesque : survivre politiquement face à la Majorité Présidentielle et contrer l'influence rwandaise dans la région.
«J'ai commencé dans un environnement où j'ai battu le candidat de l'Alliance de la Majorité Présidentielle. On m'a prévenu : vous allez faire face à deux problèmes. Le premier, il va chercher à vous faire partir. Le deuxième, vous arrivez pour changer la gouvernance du Rwanda, car le RCD qui gouvernait à l'époque était l'émanation de Kigali.», ajoute t-il.
Une avalanche de motions de censure
Julien Paluku a détaillé ce qu'il qualifie de harcèlement politique, orchestré, selon ses dires, à la fois par des acteurs politiques de Kinshasa et par des forces rebelles sur le terrain. Les tentatives de destitution n'ont pas tardé à s'enchaîner après son entrée en fonction.
Chronologie de l'instabilité politique au Nord-Kivu (2007 - 2009)
• Mai 2007 (Un mois après l'investiture) : Conception de la première motion à Kinshasa pour obtenir son départ.
• 14 octobre 2007 : Lettre de Laurent Nkunda (chef rebelle du CNDP) à l'Assemblée provinciale demandant sa déchéance.
• Novembre 2007 : Dépôt d'une motion de défiance signée par l'ensemble des députés provinciaux du PPRD et du MSR.
Total entre 2007 et 2009 : Cinq motions de censure ou de défiance initiées contre lui.
«Un mois après mon investiture, la première motion a été conçue à Kinshasa pour me faire partir. Le 14 octobre 2007, Laurent Nkunda, qui faisait la guerre contre le Nord-Kivu, a écrit à l'Assemblée provinciale pour demander à l'Assemblée de me déchoir.», renchérit-il.
Il ajoute pour préciser la provenance des attaques :
«En novembre 2007, une motion signée par tous les députés provinciaux du PPRD et du MSR a été déposée pour me faire partir. Au total, cinq motions entre 2007 et 2009.»
«Je suis sorti comme un stratège»
En livrant ce témoignage, le ministre du Commerce extérieur espère briser définitivement l'image d'un acteur politique redevable ou passif face à Joseph Kabila.
Pour lui, sa longévité à la tête de la province du Nord-Kivu (plus de 12 ans) relève de la résilience et de la stratégie plutôt que d'un adoubement.
«Je restitue cela à la nation pour que les gens cessent de croire que je suis une création de Joseph Kabila, que je n'ai évolué que sous lui comme un enfant de cœur.»
Il conclut en dressant le bilan de cette cohabitation tumultueuse :
«C'est le calvaire que j'ai traversé comme gouverneur du Nord-Kivu. J'ai navigué dans ces méandres politiques. Je suis sorti comme un stratège d'un environnement pas très sain.»
Ce grand déballage vient repositionner Julien Paluku sur l'échiquier politique national comme un leader ayant forgé sa légitimité dans le feu de la scène politique de l'Est de la RDC, souvent au corps à corps avec le pouvoir central de l'époque.
Natacha NDOMBELE
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