RDC : Paul-Gaspard Ngondankoy pris en tenaille entre son passé de professeur et son combat de député

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Alors que le débat sur une éventuelle refonte de la Constitution congolaise s'intensifie à l'approche de la présidentielle de 2028, une voix dissonante s'élève du sein de la majorité parlementaire. Le député national Paul-Gaspard Ngondankoy, pourtant auteur d'une proposition de loi instituant le référendum, se retrouve aujourd'hui accusé de contredire ses propres enseignements universitaires. Retour sur une polémique qui interroge la frontière entre la rigueur du juriste et la souplesse du politique.

Le professeur face à l'élu : un décalage qui fait débat

Le 14 juin 2026, invité sur l'espace X du journaliste Stanis Bujakera, Paul-Gaspard Ngondankoy a martelé une position claire : le peuple congolais est en droit de changer sa Loi fondamentale par voie référendaire, en vertu de l'article 5 de la Constitution. Selon lui, l'article 220, souvent brandi comme un « verrou » infranchissable, ne lie que les pouvoirs constitués, pas le souverain primaire. Le référendum serait ainsi l'arme démocratique ultime pour trancher le nœud institutionnel.

Mais cette offensive politique se heurte à un obstacle inattendu : les notes de cours que l'intéressé dispensait à l'Université de Kinshasa (UNIKIN) en 2017-2018, dans le cadre de son enseignement d'« Introduction générale au droit – Droit public ». Dans ces documents, que Congo Liberté a pu consulter, le professeur Ngondankoy tenait un discours diamétralement opposé.

Il y distinguait rigoureusement la révision – simple aménagement partiel – du changement de Constitution, qui impliquerait une refondation complète. Mieux, il affirmait que le référendum n'était constitutionnellement autorisé que dans trois hypothèses limitativement énumérées (transfert de la capitale, cession de territoire, et révision). Pour un changement pur et simple, il évoquait la nécessité d'une Assemblée constituante, institution dont il relevait, avec une honnêteté intellectuelle remarquable, qu'« elle n'est prévue par aucun article de la Constitution en vigueur ».

La souveraineté populaire contre l'orthodoxie juridique ?

Face à ces accusations d'inconstance, les partisans du député Ngondankoy opposent un argument de taille : l'article 5 de la Constitution, qui dispose que « le peuple l'exerce [...] par voie de référendum », prime sur toute lecture restrictive. Pour eux, empêcher le peuple de se prononcer directement sur son pacte social reviendrait à nier la démocratie participative.

« Le professeur analysait le droit positif. Le député, lui, doit répondre à une aspiration populaire. Il n'y a pas de trahison, mais une évolution de la pensée juridique au contact de la réalité politique », plaide un proche de l'élu, sous couvert d'anonymat.
À l'inverse, ses détracteurs y voient une dangereuse dérive. « On ne peut pas, sous couvert de souveraineté populaire, court-circuiter les procédures clairement établies par les articles 218, 219 et 220. Si l'on suit cette logique, n'importe quelle majorité pourrait organiser un référendum pour tout et n'importe quoi, y compris pour prolonger un mandat », s'alarme un constitutionnaliste de renom, qui requiert l'anonymat.

Un enjeu qui dépasse la personne de Ngondankoy

Au-delà de la cohérence personnelle de l'élu de la majorité, cette polémique révèle un clivage profond au sein de la classe politique congolaise. D'un côté, les tenants d'une orthodoxie juridique stricte, pour qui la Constitution est un contrat sacré qui ne saurait être modifié que selon des règles préétablies. De l'autre, les promoteurs d'une souveraineté renouvelée, qui estiment que le peuple est le maître du jeu constitutionnel et qu'il peut, à tout moment, reprendre la main.

Le véritable enjeu est procédural. La proposition de loi Ngondankoy, si elle venait à être examinée, forcerait la Cour constitutionnelle à se prononcer sur une question fondamentale : le référendum peut-il être déclenché sans loi organique préalable, et sur un objet – le changement intégral de la Constitution – que le texte de 2006 n'a pas prévu ?

À l'approche des échéances électorales de 2028, ce débat, loin d'être un simple exercice d'école, pourrait bien devenir l'un des axes majeurs de la campagne. En attendant, Paul-Gaspard Ngondankoy devra répondre à une double interrogation : celle du juriste sur la validité de sa construction, et celle de l'homme politique sur la sincérité de son combat.

Que retenir ?

· 2017 : Ngondankoy enseigne que le référendum est encadré et qu'un changement total exige une Assemblée constituante.
· 2026 : Député, il défend la thèse d'un référendum comme expression directe de la souveraineté populaire, au nom de l'article 5.
· La polémique cristallise le conflit entre légalité (le respect des articles 218-220) et légitimité (la volonté du souverain primaire).
· La Cour constitutionnelle pourrait être amenée à trancher ce nœud gordien.

Et vous, pensez-vous que le peuple peut légitimement passer outre les verrous constitutionnels pour changer sa Loi fondamentale ? La discussion est ouverte.

Ali Haddad
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