Un an après la remise de deux avions de transport aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), des interrogations émergent sur leur localisation et leur disponibilité opérationnelle, au lendemain du crash aérien qui a coûté la vie à plusieurs hauts responsables militaires à Kenge, dans la province du Kwango.
Le 14 juin 2025, le vice-Premier ministre et ministre de la Défense nationale, Guy Kabombo Muadiamvita, avait officiellement remis deux avions de transport au chef d'état-major général des FARDC, le lieutenant-général Jules Banza Mwilambwe. Les appareils avaient été baptisés « Général de corps d'armée Mahele Lieko Bokungu » et « Général de corps d'armée Léonard Mulumba Nyunyi ». Ils constituaient, selon le ministère de la Défense, le premier lot d'une série de quatre appareils destinés notamment à faciliter les déplacements des officiers et la supervision des troupes sur le terrain. Cette annonce avait été présentée comme un renforcement des capacités de mobilité de l'armée congolaise dans un contexte sécuritaire particulièrement difficile.
Mais le crash survenu le 25 septembre 2026 à Kenge relance la question de l'utilisation effective de ces moyens aériens.
L'appareil accidenté était un Let L-410 de la compagnie Tracep, immatriculé 9S-GUC, qui effectuait une rotation entre Kinshasa, Kikwit, Ilebo et Kinshasa. Selon les informations communiquées par le président du conseil d'administration de la Régie des voies aériennes, Tryphon Kin-kiey Mulumba, l'avion transportait 16 personnes, dont quatre membres d'équipage. Aucun survivant n'a été retrouvé.
Parmi les victimes figuraient notamment le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, auditeur général des FARDC, et le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalayi Tiende, premier président de la Haute Cour militaire. Les victimes revenaient d'une mission de service effectuée à Kikwit.
D'où une interrogation qui circule désormais : où sont les deux avions remis aux FARDC en juin 2025 ? Sont-ils toujours disponibles ? Sont-ils opérationnels ? Ont-ils été affectés à des missions particulières ? Ont-ils connu des problèmes techniques ou de maintenance ? Et surtout, quelle a été leur utilisation depuis leur réception ?
À ce stade, aucune information officielle consultée ne permet d'établir que les deux appareils étaient disponibles ou en état de vol au moment du déplacement des responsables militaires victimes du crash. Il serait donc prématuré d'établir un lien direct entre leur mise à disposition et le drame de Kenge.
La question mérite néanmoins une réponse documentée de la part du ministère de la Défense, notamment sur la localisation, l'état technique, la disponibilité et l'utilisation de ces deux avions financés sur fonds publics.
Cette demande de clarification intervient alors qu'une enquête judiciaire a été ouverte pour déterminer les circonstances et les causes exactes du crash de Kenge. Le ministère de la Justice a instruit le Premier Avocat général des FARDC d'ouvrir une enquête judiciaire préliminaire.
Au-delà de l'émotion suscitée par la disparition des hauts responsables militaires, le drame pose ainsi une question plus large sur la gestion et l'utilisation des moyens de transport aérien destinés aux FARDC. Où sont aujourd'hui les deux avions baptisés Mahele Lieko Bokungu et Léonard Mulumba Nyunyi ? La réponse officielle permettra de dissiper les interrogations et de préciser dans quelles conditions ces appareils sont effectivement utilisés au service des Forces armées.
Ali Haddad
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