L’ancien vice-Premier ministre Nzanga Mobutu réagit au discours de Joseph Kabila en mettant l’ancien président face aux contradictions de son propre bilan. Entre leçons politiques, mémoire sélective et silence sur les acteurs de la guerre dans l’Est, cette sortie remet au centre du débat la question de la responsabilité des dirigeants congolais.
Dix-huit ans à la tête de la République démocratique du Congo : voilà le lourd héritage politique dont Joseph Kabila doit également répondre avant de prétendre distribuer des leçons à son successeur. Pour Nzanga Mobutu, le discours de l’ancien président soulève une question fondamentale : peut-on dresser le procès d’un régime sans accepter que son propre bilan soit soumis au même examen ?
En dénonçant la « dictature vaincue le 17 mai 1997 », Joseph Kabila ravive une page controversée de l’histoire politique congolaise. Mais cette référence historique ne saurait effacer les responsabilités accumulées au fil des années, ni dispenser ceux qui ont exercé le pouvoir de rendre compte de leur propre gestion.
Le régime auquel il fait allusion a certes été marqué par de profondes contradictions. Il a néanmoins formé des générations de médecins, d’ingénieurs, d’architectes, d’universitaires et de cadres qui ont contribué au fonctionnement du pays, y compris sous les gouvernements qui lui ont succédé. L’histoire nationale ne peut donc être réduite à une opposition simpliste entre une période entièrement condamnable et une autre qui se présenterait comme irréprochable.
Le bilan de dix-huit ans de pouvoir au cœur de la controverse
La critique de Nzanga Mobutu soulève également la question des libertés publiques, du traitement des voix dissidentes et du respect des échéances électorales. Autant de sujets qui ont marqué différentes périodes de la vie politique congolaise et qui imposent une exigence de cohérence à tous ceux qui prétendent défendre aujourd’hui la démocratie.
Joseph Kabila peut légitimement critiquer son successeur. Mais cette liberté politique ne le soustrait pas à l’obligation de répondre des actes, des choix et des limites de ses propres années au sommet de l’État. En démocratie, le droit de dénoncer les erreurs des autres ne vaut pas quitus pour son propre passé.
Guerre dans l’Est : le silence qui interroge
Plus sensible encore est la question sécuritaire. Alors que l’ancien chef de l’État évoque la guerre dans l’Est de la RDC, l’absence de désignation explicite de l’AFC/M23 et du Rwanda dans son réquisitoire soulève des interrogations sur la portée de son discours.
Cette réserve est d’autant plus controversée que Joseph Kabila fait l’objet de sanctions américaines liées à des accusations de soutien à la rébellion, qu’il conteste. Ces accusations doivent être présentées comme telles, mais elles renforcent l’exigence de clarté lorsqu’il prend publiquement position sur la crise sécuritaire congolaise.
Difficile, en effet, de prétendre analyser pleinement une guerre sans aborder les acteurs armés et les responsabilités extérieures mis en cause dans le conflit. La recherche de la paix exige un discours sans ambiguïté sur la souveraineté nationale, l’intégrité territoriale et les soutiens présumés aux groupes rebelles.
L’histoire du Congo ne commence ni en 1997 ni en 2019
Au-delà de la confrontation entre Joseph Kabila et le pouvoir actuel, le débat renvoie à une exigence plus large : celle d’une mémoire politique qui ne soit ni sélective ni instrumentalisée au gré des intérêts du moment.
Aucun dirigeant, ancien ou actuel, ne détient le monopole de la vertu. La RDC a besoin d’un débat politique fondé sur les faits, d’une lecture honnête de son histoire et d’une évaluation rigoureuse des responsabilités de ceux qui l’ont gouvernée.
Après dix-huit années à la tête du pays, Joseph Kabila ne peut se contenter de juger son successeur sans accepter que son propre bilan soit interrogé. Car, en politique, les leçons les plus crédibles commencent par la vérité sur soi-même.
Fatshi Bwanga
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