Le discours d’Ibalanky ne relève pas d’une analyse, mais d’un réflexe devenu courant : transformer chaque contrainte nationale en complot politique. À l’entendre, la guerre à l’Est ne serait plus une tragédie à résoudre, mais un outil savamment entretenu pour conserver le pouvoir. Une lecture commode, mais profondément déconnectée des réalités.
Car enfin, de quoi parle-t-on ?
D’un pays en guerre, avec des territoires instables, des populations déplacées, et des groupes armés toujours actifs. Dans un tel contexte, exiger des élections immédiates, comme si de rien n’était, relève soit de l’aveuglement, soit d’une posture politique. Une élection n’est pas un simple rituel calendaire : c’est un processus qui exige sécurité, inclusion et crédibilité.
Dire que la guerre devient un “bouclier du pouvoir”, c’est franchir un pas dangereux : celui de banaliser la souffrance des populations de l’Est en la réduisant à un simple levier politique. Non, la guerre n’est pas un choix stratégique du pouvoir. C’est une crise complexe, héritée, enracinée, et alimentée par des intérêts qui dépassent largement Kinshasa.
L’argument du “troisième mandat masqué” ou du “référendum opportuniste” ressemble davantage à une construction politique qu’à une réalité démontrée. À force de voir des stratégies cachées partout, on finit par affaiblir la crédibilité même des critiques légitimes.
Et que dire de cette injonction à “rendre le tablier” ? Comme si changer d’homme au sommet suffisait à résoudre une guerre régionale vieille de plusieurs décennies. C’est une illusion dangereuse. La stabilité institutionnelle, dans un contexte aussi fragile, n’est pas un luxe : c’est une nécessité.
La vérité est plus simple, et moins spectaculaire : il n’y a pas de démocratie solide sans territoire sécurisé. Vouloir dissocier les deux, c’est prendre le risque d’organiser des élections contestées, incomplètes et, au final, sources de nouvelles crises.
Oui, le pouvoir doit être surveillé. Oui, les dérives doivent être dénoncées. Mais non, tout n’est pas manipulation. À force de crier au calcul politique, on finit par perdre de vue l’essentiel : la paix.
Et sans paix, il n’y aura ni élections crédibles, ni démocratie durable.
Karaj-a-Ntang
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