L'avertissement est solennel. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) ne se contente plus d'interpeller les autorités : elle s'adresse désormais directement au peuple congolais et l'invite à se tenir prêt. Une déclaration qui transforme le débat constitutionnel en un véritable enjeu de vigilance citoyenne.
Vigilance et opposition pacifique
Face aux spéculations sur une éventuelle révision de la Constitution, les évêques catholiques ont choisi un ton sans ambiguïté : « À la population de faire preuve de vigilance et de s'opposer, par tous les moyens légaux et pacifiques, à toute tentative de modification des articles verrouillés » . Derrière cette déclaration, une volonté claire : mobiliser l'opinion publique contre toute initiative visant les dispositions constitutionnelles considérées comme intangibles.
Pour la CENCO, cette prise de position répond à la montée des tensions politiques liées aux discussions sur l'avenir de la Loi fondamentale . « Nous pensons que tout passage en force dans cette direction comporte des risques énormes de balkanisation du pays. Nous ne voyons ni la nécessité, ni l'urgence, ni l'opportunité de changer la Constitution. La priorité aujourd'hui en RDC, c'est la paix », affirme l'institution .
Les "articles verrouillés" au cœur du débat
La Constitution de 2006, adoptée après les guerres civiles dévastatrices, a instauré des garde-fous essentiels. L'article 220 stipule que « la forme républicaine de l'État, le principe du suffrage universel, la forme représentative du gouvernement, le nombre et la durée des mandats du président de la République, l'indépendance du pouvoir judiciaire, le pluralisme politique et syndical ne peuvent faire l'objet d'aucune révision constitutionnelle » . La CENCO désapprouve également toute initiative qui, sans modifier directement l'article 220, viserait à le vider de son contenu essentiel .
Un contexte tendu
Le débat oppose d'un côté la majorité présidentielle, qui soutient que la Constitution de 2006 est inadaptée à la réalité congolaise et doit être modifiée pour renforcer l'efficacité de l'État, et de l'autre l'opposition et de nombreux mouvements civiques, qui dénoncent une manœuvre politique visant à supprimer la limitation des mandats présidentiels .
Pour les évêques, dans la situation sécuritaire actuelle, il serait risqué d'ouvrir le chapitre de la révision constitutionnelle dans un contexte non consensuel . Monseigneur Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, alerte : « Aller dans ce sens-là, dans le contexte sécuritaire actuel, ce serait encore aggraver la crise » .
Un rôle historique de l'Église catholique
Dans l'histoire politique récente de la RDC, rares sont les moments où l'Église catholique a adressé un message aussi direct à la population sur une question institutionnelle . En plaçant les Congolais au cœur de ce débat, la CENCO transforme la question constitutionnelle en un enjeu de vigilance citoyenne. Le message est clair : si les articles verrouillés venaient à être menacés, le peuple ne devrait ni détourner le regard ni garder le silence.
Les évêques exhortent en outre le président Félix Tshisekedi à respecter le serment prêté « devant Dieu et la Nation », en rappelant son obligation de défendre la Constitution promulguée en 2006 . Ainsi s'ouvre un nouveau chapitre du débat autour de l'avenir de la Constitution congolaise, où l'Église catholique entend peser de tout son poids pour défendre ce qu'elle considère comme les fondements essentiels de la République.
Ali Haddad
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