RDC | ​Goma sous haute tension : Un tract clandestin révèle la colère et le ras-le-bol de la population face à l'occupation

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Un document anonyme circulant dans les rues de Goma met en lumière l’extrême fragilité sociale et politique de la capitale du Nord-Kivu. Entre rejet de la rébellion de l’AFC/M23, accusations de favoritisme ethnique et répression sanglante des élans patriotiques, le climat est électrique.

​C’est un cri de détresse et de révolte imprimé sur une simple feuille de papier blanc.
À Goma, la colère étouffée d’une population fatiguée par le conflit permanent commence à saturer l’espace public. Un tract clandestin, rédigé en français et en swahili, résume en cinq points percutants le sentiment d’oppression et le rejet viscéral de ce que les locaux considèrent comme une «administration coloniale».

​«Goma n'est pas la Corée du Nord» : La liberté d'expression muselée

​Le document s'ouvre sur une comparaison choc : «Goma n'est pas la Corée du Nord ou le Rwanda».

À travers cette formule, les auteurs dénoncent le régime de peur et de surveillance policière installé dans la ville. Les libertés publiques y sont drastiquement restreintes, transformant la cité lacustre en une prison à ciel ouvert où toute contestation est sévèrement réprimée.

​Le deuxième point apporte une illustration tragique de ce totalitarisme : «Plusieurs morts et disparus à Goma à cause de la célébration de la victoire des Léopards». 
Alors que le football reste l'un des rares vecteurs d'unité et de fierté nationale en RDC, exprimer sa joie pour l'équipe nationale est devenu un acte de résistance passible de mort ou de disparition forcée sous les balles des forces occupantes.

​Willy Manzi et l’AFC/M23 dans le collimateur

​Le message cible directement les figures politiques imposées par la rébellion de l'Alliance Fleuve Congo (AFC), alliée au M23. 

«Le vice-gouverneur Willy Manzi n'aime pas le Congo qu'il prétend vouloir libérer. Qu'il dégage», lit-on noir sur blanc.

Nommé par la hiérarchie rebelle pour administrer la région, Willy Manzi Ngarambe essuie une vague de rejet populaire. Pour les habitants, le discours de « libération » brandi par les rebelles n'est qu'un paravent cynique cachant des intérêts étrangers.

​L'appel à la résistance s’accentue en swahili : «Ba jeunes ka ma amulamuke AFC/M23 bata tumaliza» (Jeunes, réveillez-vous, l’AFC/M23 va nous achever)

C'est un appel direct à la jeunesse de Goma à rompre avec l'inaction avant que l'emprise rebelle ne devienne irréversible.

​Fracture identitaire et ras-le-bol de l’ingérence

​Le tract s'achève sur des accusations claires de discrimination économique et d'hégémonie ethnique : «Kazi zote zina kuwa za Banyarwanda» (Tous les emplois sont désormais pour les Banyarwanda)

La population locale accuse les autorités rebelles de vider les institutions de leurs cadres habituels au profit d'une élite alignée sur Kigali, exacerbant les tensions intercommunautaires.

​La conclusion en lettres capitales résonne comme un avertissement final : «TUNA CHOKA UTAWALA WA RWANDA» (Nous sommes fatigués de la domination du Rwanda).

​Ce tract, par la virulence et la clarté de son contenu, démontre que malgré la présence militaire et le contrôle territorial exercé par l'AFC/M23 et ses soutiens, le cœur de Goma bat toujours au rythme de la résistance. Sous les cendres du silence forcé, couve le feu d’une révolte populaire qui ne demande qu’un étincelle pour s'embraser.

Rédaction 

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