Le premier relève du mythe : celui du « libérateur », du héros fondateur sacralisé par l’émotion, la mémoire sélective et le discours politique.
Le second s’appuie sur la vérité historique, froide et documentée : alliances étrangères, choix militaires hasardeux, conséquences humaines dramatiques et lourdes responsabilités politiques.
Contrairement au récit dominant, Laurent-Désiré Kabila n’a pas libéré le Congo, il l’a livré. En s’alliant au Rwanda et à l’Ouganda notamment à travers l’accord de Lemera, il a compromis la souveraineté nationale à un moment où le régime de Mobutu était déjà à bout de souffle. Cette rébellion n’était pas une nécessité historique. Elle a ouvert la voie à une guerre aux conséquences catastrophiques, faisant plus de trois millions de morts.
Dès lors, ériger Kabila en héros national relève d’une insulte à la mémoire des victimes et à l’intelligence collective.
Un héros ne pactise pas avec l’ennemi.
Un héros ne prend pas les armes contre son peuple.
Un héros ne transforme pas son pays en charnier.
Sur le plan analytique, Kabila peut être qualifié d’acteur paradoxal, voire de « héros tragique » au sens strict du terme : un dirigeant dont les contradictions ont précipité la catastrophe tout en provoquant, malgré lui, un sursaut national. Mais ce concept n’a rien d’honorifique. Il décrit un échec historique, pas une grandeur morale.
Il est moralement et historiquement inacceptable de célébrer un homme associé à des crimes de masse, des viols systématiques et des violences contre les civils, femmes et enfants compris. Banaliser son héritage, c’est banaliser l’horreur et trahir les morts.
L’Allemagne ne célèbre pas Hitler malgré son rôle historique.
Pourquoi le Congo devrait-il sacraliser Kabila ?
L’histoire exige lucidité, rigueur et respect des victimes, pas l’émotion ni l’amnésie sélective.
Et aujourd’hui, le peuple a compris.
Rédaction
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