20 ans de la Constitution du 18 février : bilan d’un pacte national entre espoirs et défis

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Il y a vingt ans jour pour jour, le 18 février 2006, la République démocratique du Congo se dotait d’une nouvelle Constitution, adoptée par référendum avec plus de 84 % de votes favorables. Fruit des accords de paix de Pretoria et du dialogue inter-congolais, ce texte fondateur devait tourner la page de décennies de dictature et de guerres civiles. Deux décennies plus tard, quel bilan tirer de cette loi fondamentale qui a survécu à toutes les tempêtes politiques ?

Un texte né du compromis et de la réconciliation

La Constitution de 2006 n’a pas été imposée d’en haut : elle est le produit d’un compromis entre anciens belligérants, opposants politiques et société civile, unis par une même urgence : sortir le pays de l’ornière des conflits à répétition.

Le mécanisme de transition « 1+4 » – un président assisté de quatre vice-présidents issus de l’opposition et d’anciens groupes rebelles – a permis d’intégrer tous les acteurs dans un cadre institutionnel commun.
Ce compromis historique a transformé des ennemis d’hier en partenaires politiques contraints de cohabiter, faisant de la Constitution à la fois un symbole et un outil juridique : celui d’un Congo réconcilié avec lui-même, capable de dépasser ses fractures pour construire un avenir commun.

Une longévité exceptionnelle dans un environnement instable

Avec vingt ans d’existence, la Constitution du 18 février établit un record de longévité dans l’histoire constitutionnelle congolaise. Là où celle de 1967, instrument du parti unique, s’était effondrée avec le régime qu’elle servait, celle de 2006 a traversé plusieurs alternances, des crises électorales et des cohabitations mouvementées.

Cette résilience tient d’abord à sa légitimité populaire. Adoptée par référendum, elle reste dans l’esprit des Congolais comme le cadre qui a permis les premières élections libres en quarante ans. Elle a institué le multipartisme intégral, équilibré les pouvoirs entre le président et le Parlement et posé les bases d’une décentralisation ambitieuse.
Même fragilisée par les pratiques politiques et les tensions locales, elle demeure le dernier rempart juridique, la référence incontournable à laquelle on se réfère en période de crise.

Les défis persistants : quand la réalité rattrape le droit

Vingt ans après, le contraste entre la solidité théorique du texte et la fragilité de sa mise en œuvre est frappant.

À l’Est du pays, des groupes armés comme l’AFC ou le M23 contrôlent encore des portions entières du territoire, défiant l’autorité de l’État et la souveraineté que la Constitution est censée garantir. Les institutions peinent à fonctionner pleinement, minées par les luttes d’influence, la corruption et l’absence de culture démocratique chez certains acteurs politiques.

La Constitution ne crée pas automatiquement la paix ni la bonne gouvernance : elle offre un cadre, mais son efficacité dépend entièrement de la volonté des hommes à s’y conformer. La faiblesse de l’État, l’impunité persistante et les ingérences étrangères dans l’Est congolais rappellent chaque jour que le texte seul ne suffit pas à garantir la stabilité nationale.

L’heure des choix : révision ou consolidation ?

À l’approche de la présidentielle de 2028, le débat sur une éventuelle révision ou un changement de Constitution refait surface. Certains plaident pour adapter le texte aux réalités actuelles, d’autres y voient une manœuvre pour contourner la limitation des mandats.

Ce débat, légitime dans toute démocratie, doit être mené avec responsabilité. Au-delà des aspects techniques, c’est l’esprit même du compromis de Pretoria qui est en jeu. Une révision mal conduite, perçue comme un passage en force, pourrait raviver les fractures que la Constitution avait précisément pour mission de refermer.

La question n’est pas tant de savoir si le texte est parfait – aucun texte ne l’est – mais si les forces politiques actuelles sont capables de préserver l’essentiel : un cadre de gouvernance partagé, accepté par tous, garantissant la stabilité et l’unité nationale.

Un héritage à préserver

Vingt ans après sa promulgation, la Constitution du 18 février 2006 reste un acquis majeur pour la RDC. Elle a permis de sortir de la guerre, d’instaurer des règles du jeu démocratiques et de donner au pays un socle institutionnel commun.


Mais son anniversaire n’est pas seulement une commémoration. C’est aussi un avertissement : un texte, aussi bien conçu soit-il, ne survit pas sans une classe politique à la hauteur de ses responsabilités et sans un peuple vigilant pour le défendre.

Le véritable test pour la Constitution n’est pas sa longévité formelle, mais la capacité des Congolais – dirigeants comme citoyens – à en faire vivre l’esprit : le compromis, le dialogue et l’intérêt général. En 2026, l’héritage de Pretoria est plus que jamais entre nos mains.

J.NDUWA 
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