Chaque 30 avril, à l’occasion de la Journée nationale de l’enseignement, les discours célèbrent un métier présenté comme noble, pilier de toute société et moteur du progrès.
Pourtant, derrière les hommages officiels, une réalité bien plus sombre s’impose en République démocratique du Congo : celle d’un corps enseignant en perte de repères, tiraillé entre vocation et survie.
L’enseignant, autrefois figure respectée, est censé former les élites de demain, transmettre le savoir et préparer la société aux grands défis contemporains, qu’il s’agisse de la mondialisation, du changement climatique ou des inégalités sociales. Mais sur le terrain, les conditions d’exercice racontent une tout autre histoire.
Une rémunération qui décourage
Depuis plusieurs années, la question salariale reste au cœur des revendications. Malgré une revalorisation annoncée en 2023, faisant passer le salaire d’environ 160 000 à près de 410 000 francs congolais, le malaise persiste. Pour beaucoup, cette amélioration reste insuffisante face au coût de la vie et aux responsabilités écrasantes du métier.
De l’école maternelle à l’université, le constat est le même : l’enseignant congolais peine à vivre dignement de son travail. Résultat, certains quittent la profession, tandis que d’autres s’y maintiennent faute d’alternative.
L’enseignement, refuge par défaut
Plus inquiétant encore, l’enseignement tend à devenir un métier d’attente. « En attendant mieux, on enseigne », confient certains. Une réalité qui traduit une perte de vocation. Dans plusieurs établissements, des enseignants exercent sans formation adéquate, ni réelle passion, fragilisant ainsi la qualité de l’éducation.
Ce phénomène touche aussi bien les écoles publiques que privées, où le manque de contrôle et la rareté des inspections laissent place à des dérives : baisse du niveau, encadrement insuffisant et, parfois, pratiques douteuses.
Une crise qui menace l’avenir
Ce glissement progressif, d’un métier de vocation à une occupation temporaire, n’est pas sans conséquences. Il impacte directement la formation des élèves et compromet la qualité du capital humain du pays.
À cela s’ajoutent des accusations récurrentes de corruption et de dysfonctionnements structurels, qui ternissent davantage l’image d’une profession déjà fragilisée.
Redonner du sens à la vocation
Face à ce constat, une question essentielle se pose : comment redonner à l’enseignement ses lettres de noblesse en RDC ? Au-delà des discours, des réformes profondes semblent nécessaires : amélioration des conditions de vie, valorisation du statut de l’enseignant, renforcement de la formation et du contrôle pédagogique.
Car au fond, l’avenir d’une nation repose sur ceux qui éduquent. Et si l’enseignant perd sa vocation, c’est toute la société qui vacille.
Leroi SUMAIDI
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