RDC | MATATA PONYO, la fuite en avant : quand l’argumentation cède la place au tribalisme

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Invité sur TV5MONDE, MATATA PONYO Mapon a tenté de se présenter à la fois comme victime d’un système injuste et comme référence en matière de bonne gouvernance. Mais à mesure que son discours se déploie, ses contradictions apparaissent au grand jour.

Il affirme aujourd’hui avoir été jugé par des magistrats d’une même tribu que le Président TSHISEKEDI, insinuant une justice ethniquement biaisée. Pourtant, en 2022, le même MATATA PONYO saluait publiquement l’indépendance de ces juges, notamment celle du Professeur Dieudonné KALUBA, alors président de la Cour constitutionnelle, lorsque les décisions lui étaient favorables.

La justice serait-elle indépendante uniquement lorsqu’elle absout, et tribale lorsqu’elle met en cause ? La vérité juridique ne varie pas selon l’intérêt personnel.
Il convient de rappeler un principe fondamental : les magistrats de la République sont issus d’un long processus de formation, de nomination et de prestation de serment qui transcende les régimes politiques. Les décisions de justice sont collégiales, fondées sur le droit, non sur l’origine ethnique. Assimiler une décision judiciaire à l’appartenance tribale de ses auteurs constitue une atteinte grave à l’institution judiciaire.

Plus encore, MATATA PONYO passe sous silence un fait troublant : son propre avocat, Maître Laurent ONYEMBA, est originaire du Kasaï. Si l’origine des juges invalide un procès, faudrait-il alors invalider aussi sa défense ? Ce raisonnement, poussé à sa logique, s’effondre de lui-même.

Sur le terrain de la lutte contre la corruption, la posture actuelle de MATATA PONYO interroge.
Son passage à la Primature demeure indissociable du scandale du parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo, devenu un symbole d’échec de gouvernance et de gestion opaque. À cette époque, aucun haut responsable n’était effectivement inquiété par la justice, tandis que des opposants politiques croupissaient en prison dans un climat d’impunité institutionnalisée. Peut-on sérieusement parler aujourd’hui d’État de droit sans assumer ce lourd héritage ?

À l’inverse, sous la présidence de TSHISEKEDI, des ministres en fonction ont été poursuivis, jugés et condamnés pour corruption. C’est un fait inédit dans l’histoire politique récente de la RDC, qui marque une rupture claire avec la culture de l’impunité.

Concernant la sécurité à l’Est, réduire la crise à une simple question de «mauvaise gouvernance» relève de la simplification abusive. La dimension d’agression extérieure et régionale, notamment autour du M23, est abondamment documentée.
Sous le mandat de MATATA PONYO, l’Est du pays n’était ni pacifié ni stabilisé durablement, malgré la présence massive de la MONUSCO.

Sur la gouvernance, parlons chiffres plutôt que slogans.
À l’époque de MATATA PONYO, le budget de l’État plafonnait autour de 5,6 milliards de dollars, un niveau dérisoire pour un pays-continent, avec des recettes structurellement sous-estimées. Aujourd’hui, le budget avoisine 22 milliards de dollars, reflet d’une meilleure mobilisation des ressources internes et d’une trajectoire budgétaire ascendante.

Par ailleurs, les mécanismes de contrôle n’existaient pas à l’état opérationnel qu’on leur connaît aujourd’hui.
L’Inspection Générale des Finances (IGF) et la CENAREF jouent désormais un rôle central dans la détection et la prévention des détournements. Leurs rapports sont transmis aux plus hautes autorités de l’État. S’il y avait volonté de dissimulation, ces structures auraient été neutralisées, comme ce fut le cas par le passé. Or, elles sont actives, visibles et productives.

Enfin, l’argument du tribalisme se heurte à une réalité factuelle : Jules ALINGETE (IGF) et Alder KISULA (CENAREF), figures clés du contrôle des finances publiques, sont originaires du Grand Bandundu. Leur action libre et constante démontre l’inanité du procès en ethnicisation des institutions.

La gouvernance se juge sur des actes, des chiffres et des institutions fonctionnelles, non sur des postures médiatiques.

Le discours actuel de MATATA PONYO ressemble davantage à une stratégie de défense personnelle qu’à un projet crédible pour la RDC.
Comme l’a justement rappelé Eugène DIOMI NDONGALA, on ne peut prêcher la vertu publique en occultant ses propres zones d’ombre. Le peuple congolais n’a pas la mémoire courte.

On ne peut pas salir toutes les institutions pour se blanchir soi-même.
On ne peut pas se proclamer technocrate exemplaire tout en sombrant dans des discours tribaux.
On ne peut pas donner des leçons quand son propre bilan reste profondément contesté.

La RDC a besoin de responsabilité, de cohérence et de vérité, pas de postures, ni de leçons à géométrie variable.

Rédaction 
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