Financements rwandais du “Pacte social” : la CENCO et l’ECC sous le feu des critiques, entre quête de paix et soupçons de compromission

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La polémique enfle autour du rôle des Églises dans le processus de dialogue pour la paix en République démocratique du Congo, après les déclarations de Mgr Fulgence Muteba, président de la CENCO, évoquant des financements étrangers ayant soutenu les consultations du «Pacte social pour la paix».

Selon ses propos relayés dans une interview accordée à Jeune Afrique, plusieurs pays de la région, dont l’Angola, le Kenya, l’Ouganda et le Rwanda, auraient contribué à la prise en charge logistique des tournées et rencontres menées dans le cadre de cette initiative portée conjointement avec l’Église du Christ au Congo (ECC).

Une révélation qui ravive les tensions politiques et morales

Dans un contexte marqué par l’insécurité persistante à l’Est du pays et les accusations récurrentes de soutien du Rwanda au M23, cette admission alimente une vive controverse au sein de l’opinion congolaise. Pour certains observateurs, le fait que Kigali ait participé, même indirectement, au financement d’un processus de dialogue suscite des interrogations sur l’indépendance perçue des institutions religieuses engagées dans la médiation sociale et politique.

Des voix critiques dénoncent une contradiction entre la posture morale traditionnellement défendue par les Églises et l’acceptation de fonds provenant d’un pays régulièrement accusé d’ingérence dans la crise sécuritaire congolaise. Dans cette lecture, l’initiative du «dialogue inclusif» est perçue par ses détracteurs comme risquant d’ouvrir un espace de légitimation à des acteurs controversés du conflit.

Entre mission pastorale et impératif de neutralité

Du côté des responsables ecclésiastiques, l’argument avancé repose sur la nécessité de mobiliser des moyens logistiques importants pour mener des consultations à l’échelle nationale et régionale, dans une démarche présentée comme strictement orientée vers la paix et la cohésion sociale. La CENCO et l’ECC ont, à plusieurs reprises, insisté sur leur rôle historique de médiation dans les crises politiques congolaises, revendiquant une neutralité institutionnelle au service de l’intérêt supérieur de la nation.

Cependant, la révélation de ces financements extérieurs soulève une question sensible : celle de la perception d’impartialité des Églises dans un contexte où la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale sont au cœur du débat public.

Crédibilité des Églises et fracture de l’opinion

Dans l’espace public, le débat s’oriente désormais vers la crédibilité des institutions religieuses, longtemps considérées comme des « voix des sans-voix » en RDC. Certains analystes estiment que l’absence de condamnation explicite du rôle présumé du Rwanda dans la crise de l’Est fragilise leur position morale, tandis que d’autres appellent à distinguer financement logistique et alignement politique.

Au-delà de la polémique, cet épisode met en lumière la complexité des initiatives de paix dans la région des Grands Lacs, où diplomatie, médiation religieuse et enjeux géopolitiques s’entremêlent étroitement.

Dans un climat de forte sensibilité nationale, la question centrale demeure celle de l’équilibre entre dialogue inclusif, souveraineté et exigence de transparence dans les processus de pacification.

Chansa MWANSA 
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