Le débat sur une éventuelle révision constitutionnelle prend une tournure plus frontale en République démocratique du Congo. Cette fois, c’est Guy Loando, figure de la majorité présidentielle, qui assume sans détour la logique de conservation du pouvoir, tout en appelant à un débat « intelligent » et débarrassé des passions.
« Le pouvoir se conserve le plus longtemps possible […] sans fraude ni violation des lois, mais en utilisant la science », a-t-il déclaré, situant clairement la position de l’Union sacrée de la Nation face aux critiques de l’opposition. Une sortie qui intervient dans un contexte déjà marqué par les mises en garde de Olivier Kamitatu, lequel redoute un «braquage constitutionnel ».
En insistant sur le respect des lois et en évoquant une approche « scientifique » du pouvoir, Guy Loando semble vouloir légitimer toute initiative institutionnelle à venir, notamment autour d’une possible révision de la Constitution. Mais cette rhétorique, loin d’apaiser, risque d’alimenter davantage la suspicion dans un climat politique déjà chargé.
Car du côté de l’opposition, ces propos sont perçus comme une confirmation à peine voilée d’une stratégie visant à prolonger l’influence du pouvoir en place. La référence à la « conservation » du pouvoir, même encadrée par la légalité, soulève une question sensible : jusqu’où peut-on aller dans l’ingénierie institutionnelle sans fragiliser l’esprit démocratique ?
Le rappel de Guy Loando selon lequel l’opposition est « dans son rôle de conquête » tandis que la majorité est « dans celui de conservation » traduit une vision assumée du jeu politique. Mais il met aussi en lumière une ligne de fracture profonde : celle entre une majorité qui revendique sa légitimité à durer, et une opposition qui craint un glissement vers des réformes taillées sur mesure.
Dans ce contexte, toute discussion autour de la Constitution apparaît comme un terrain hautement inflammable. Si le débat se veut « intelligent », comme l’appelle de ses vœux la majorité, il devra surtout être transparent et inclusif pour éviter de raviver les tensions.
À l’approche des échéances futures, une certitude s’impose : en République démocratique du Congo, la bataille politique ne se jouera pas seulement dans les urnes, mais aussi dans l’interprétation, et peut-être la redéfinition, des règles du jeu.
Fatshi BWANGA
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